Pénurie d’antidépresseurs : une crise qui fragilise patients et soignants
Pénurie d’antidépresseurs : une crise qui fragilise patients et soignants

Alors que la santé mentale a été érigée en grande cause nationale pour 2025, les professionnels alertent sur une situation de plus en plus critique : la France fait face à une pénurie persistante de médicaments psychotropes, dont de nombreux antidépresseurs, antipsychotiques et régulateurs de l’humeur. Quatorze substances figurent actuellement sur la liste de l’Agence nationale de sécurité du médicament (ANSM) pour leurs difficultés d’approvisionnement, certaines étant même en rupture totale. Parmi les molécules concernées figurent la quétiapine, la sertraline, la venlafaxine ou encore le Téralithe. Toutes sont utilisées dans le traitement de troubles psychiatriques majeurs tels que les dépressions sévères, la schizophrénie ou la bipolarité. Des psychiatres signalent une situation inédite, avec des pénuries touchant presque toutes les gammes de psychotropes, à l’exception des benzodiazépines.

Un marché sous tension, des décisions industrielles peu favorables à la France

L’origine de cette pénurie est multiple. Pour la quétiapine, par exemple, les difficultés sont liées à l’arrêt prolongé d’une usine grecque, qui assurait 60 % de l’approvisionnement français, à la suite d’un défaut de qualité. Concernant d’autres molécules, les tensions résultent d’une hausse de la demande à l’échelle mondiale, combinée à une baisse d’intérêt des laboratoires pour des médicaments jugés peu rentables. Des professionnels dénoncent également le prix trop bas fixé en France, qui rendrait le marché national moins attractif en cas de tension d’approvisionnement. Selon eux, dès qu’une rupture se profile à l’international, les flux sont redirigés vers d’autres pays offrant de meilleures marges. Les conséquences pour les patients sont graves. Faute de traitements disponibles, certains se retrouvent contraints d’interrompre brutalement leur médication, alors que les arrêts doivent normalement s’effectuer de manière progressive. Cela peut entraîner des effets de sevrage, des décompensations, voire des rechutes nécessitant des hospitalisations. Le manque d’alternatives disponibles complique d’autant plus la prise en charge médicale.

Des réponses partielles, une inquiétude persistante

Pour tenter de limiter l’impact, l’ANSM a mis en place plusieurs mesures d’urgence : interdiction d’exporter certaines molécules, délivrance au comprimé près, possibilité pour les pharmacies de préparer elles-mêmes certains médicaments. Mais ces solutions restent insuffisantes face à l’ampleur de la crise. Dans certains cas, comme pour la sertraline, les pharmaciens refusent la production en raison d’un tarif encadré jugé non rentable. Si un léger mieux est observé dans la disponibilité de la quétiapine, d’autres molécules devraient rester difficiles à trouver au moins jusqu’à l’été, voire au-delà. Pour les patients, la quête de leur traitement est devenue un parcours d’obstacles quotidien. Certains en viennent à faire le tour des pharmacies chaque soir, sans garantie de repartir avec leurs médicaments. Dans ce contexte, de nombreux professionnels réclament une politique pharmaceutique plus cohérente, à même de garantir la sécurité thérapeutique sur le long terme. Car sans visibilité ni coordination, les patients, eux, restent les premiers exposés.

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