Au cœur de la nuit, une équipe de scientifiques gravit les pentes du Popocatépetl, l’un des volcans les plus actifs de la planète, dont une éruption majeure pourrait affecter des millions de personnes au Mexique. Leur objectif est de comprendre ce qui se passe sous le cratère. Après cinq années de recherches menées dans des conditions extrêmes, des chercheurs de l’Université nationale autonome du Mexique sont parvenus à produire la toute première image tridimensionnelle de l’intérieur du volcan.
Pour y parvenir, les scientifiques ont déployé un réseau dense de sismographes autour du massif, collectant des données sur les vibrations générées par les mouvements de la roche, du magma, des gaz et des nappes d’eau souterraines. Grâce à l’intelligence artificielle, ces signaux ont été analysés et classés, permettant d’identifier la nature, la température et la profondeur des matériaux présents sous la surface.
Le modèle obtenu révèle une structure bien plus complexe que les représentations classiques d’un volcan. L’image montre plusieurs poches de magma réparties à différentes profondeurs, séparées par des couches de roches et de matériaux divers, avec une concentration particulièrement marquée au sud-est du cratère. Cette cartographie en trois dimensions s’étend jusqu’à 18 kilomètres sous le sommet du volcan.
Ces résultats constituent une avancée majeure pour la surveillance du Popocatépetl, situé à proximité de zones densément peuplées. Environ 25 millions de personnes vivent dans un rayon de 100 kilomètres autour du volcan, et des infrastructures critiques pourraient être affectées en cas d’éruption. Mieux comprendre la dynamique interne du volcan pourrait permettre aux autorités d’anticiper plus efficacement les crises et d’améliorer les plans d’évacuation.
Actif depuis 1994, le Popocatépetl émet presque quotidiennement des panaches de gaz, de cendres et de fumée. Son activité alterne entre des phases de calme relatif et des épisodes plus violents, comme en 2023, lorsque l’effondrement d’un dôme de lave a provoqué une éruption. Les chercheurs rappellent que le volcan a déjà enseveli des villages entiers par le passé et que son comportement reste difficile à prévoir.
Pour les scientifiques, travailler directement sur le terrain est essentiel afin de confronter les modèles théoriques à la réalité. Les expéditions successives, menées à plus de 4 000 mètres d’altitude, permettent de récupérer des données cruciales mais exposent l’équipe à des risques permanents, entre explosions, chutes de roches et conditions météorologiques extrêmes.
Alors que les résultats de cette recherche s’apprêtent à être publiés, les chercheurs estiment que ces nouvelles images ne marquent pas une fin, mais un point de départ. Elles ouvrent de nouvelles questions sur les mécanismes internes du volcan et sur les raisons de certaines zones de fragilité, renforçant la nécessité d’une surveillance continue de ce géant dont l’activité façonne la vie de toute une région.