Selon Francis Perrin, la réouverture d’Ormuz ne met pas fin aux incertitudes énergétiques
Selon Francis Perrin, la réouverture d’Ormuz ne met pas fin aux incertitudes énergétiques

Invité de Thinkerview, l’expert de l’énergie Francis Perrin a livré une longue analyse des conséquences de l’accord conclu entre les États-Unis et l’Iran après plusieurs mois de tensions autour du détroit d’Ormuz. Selon lui, Donald Trump avait besoin d’une sortie rapide de crise, à la fois pour des raisons économiques, politiques et électorales, tandis que l’Iran subissait également une forte pression après le blocus de ses ports pétroliers décidé par Washington.

L’analyste rappelle que la fermeture du détroit d’Ormuz a profondément bouleversé les marchés énergétiques mondiaux. Pendant plusieurs mois, près de 12 % de la consommation pétrolière mondiale a été perturbée, provoquant une flambée des prix et faisant craindre des pénuries dans plusieurs régions du monde, notamment en Asie. Pour Francis Perrin, la médiation menée notamment par le Pakistan a permis d’éviter une aggravation de la crise au moment où les stocks stratégiques commençaient à être fortement sollicités.

Ormuz, un enjeu central pour l’économie mondiale

Même après l’annonce du protocole d’accord, Francis Perrin estime que de nombreuses incertitudes demeurent. Le spécialiste souligne que près de 20 % du pétrole mondial et 20 % des exportations mondiales de gaz naturel liquéfié transitent habituellement par le détroit d’Ormuz. Selon lui, la volonté affichée par Téhéran de conserver un droit de regard sur le trafic maritime dans cette zone constitue l’un des principaux sujets de tension pour les mois à venir.

L’expert considère également que les conséquences du conflit se feront sentir durablement dans les pays du Golfe. Plusieurs infrastructures pétrolières et gazières ont été endommagées, notamment au Qatar où certaines installations de gaz naturel liquéfié pourraient nécessiter plusieurs années de travaux. Même en cas de réouverture rapide du détroit, le retour à une situation totalement normale sur les marchés énergétiques pourrait prendre de nombreux mois.

Une leçon stratégique pour les grandes puissances

Pour Francis Perrin, cette crise va accélérer les réflexions sur la diversification des approvisionnements énergétiques. Les pays importateurs chercheront à réduire leur dépendance au Moyen-Orient tandis que les États du Golfe multiplieront les projets d’oléoducs permettant de contourner Ormuz en cas de nouvelle crise. Les États-Unis, le Canada, la Norvège ou encore le Venezuela pourraient ainsi profiter de cette nouvelle donne énergétique mondiale.

Au-delà des questions pétrolières, le spécialiste estime que cet épisode rappelle à quel point l’énergie demeure au cœur des équilibres géopolitiques mondiaux. Selon lui, les responsables politiques et économiques disposent depuis longtemps de scénarios de gestion de crise pour éviter une véritable pénurie mondiale. Mais il prévient qu’aucune économie moderne ne peut durablement supporter une interruption massive des flux énergétiques internationaux.

Partager

Communauté

Commentaires

Les commentaires sont ouverts, mais protégés contre le spam. Les premiers messages et les commentaires contenant des liens passent par une validation manuelle.

Soyez le premier à commenter cet article.

Réagir à cet article

Les commentaires sont modérés. Les messages promotionnels, les envois automatiques et les liens abusifs sont bloqués.

Votre premier commentaire, ou tout message contenant un lien, peut être placé en attente de validation.