POLITIQUE Présidentielle 2027

« La corruption ne fait plus honte » : Anticor tire la sonnette d’alarme avant la présidentielle de 2027

« La corruption ne fait plus honte » : Anticor tire la sonnette d’alarme avant la présidentielle de 2027
« La corruption ne fait plus honte » : Anticor tire la sonnette d’alarme avant la présidentielle de 2027

À moins de 200 jours de l’élection présidentielle de 2027, l’association Anticor lance un avertissement sur l’état de la lutte contre la corruption en France. Dans un entretien accordé à l’AFP et publié dimanche 18 octobre 2026, sa déléguée générale, Inès Bernard, dénonce l’affaiblissement des moyens judiciaires, le manque de volonté politique et une forme de banalisation des affaires impliquant des responsables publics. À ses yeux, le problème dépasse désormais les seules questions financières pour toucher directement au fonctionnement de la démocratie. « Il y a la peine prononcée sur le papier, et puis il y a aussi la honte », explique-t-elle, avant de regretter qu’aujourd’hui, ce soit presque « ni peine ni honte ». À la tête d’une association engagée dans quelque 160 procédures judiciaires, cette avocate de formation estime que les responsables politiques ne manifestent plus la même détermination à combattre les atteintes à la probité qu’au début des années 2010. Elle développe cette analyse dans un ouvrage intitulé Le droit de corrompre, attendu vendredi aux éditions Rue de l’Échiquier. Son objectif affiché est de replacer la transparence de la vie publique et l’indépendance de la justice au centre du débat présidentiel.

Pour illustrer cette évolution, Inès Bernard revient sur l’affaire Cahuzac, qui avait provoqué un séisme politique en 2013 après les révélations concernant les comptes bancaires dissimulés à l’étranger par l’ancien ministre du Budget. Ce scandale avait contribué à l’adoption de plusieurs réformes destinées à renforcer la transparence de la vie publique et la prévention des conflits d’intérêts. Treize ans plus tard, la dirigeante d’Anticor juge que cet élan s’est progressivement essoufflé. Elle dénonce particulièrement le manque de magistrats et d’enquêteurs spécialisés dans la délinquance économique et financière, estimant que les services judiciaires ne disposent plus des ressources nécessaires pour traiter efficacement les dossiers complexes. Les enquêtes portant sur les détournements de fonds publics, la corruption ou le trafic d’influence exigent en effet des investigations souvent longues, mobilisant des compétences financières, comptables et juridiques spécifiques. Selon elle, le manque d’effectifs fragilise la capacité de la justice à poursuivre ces infractions. Il s’agit d’une appréciation portée par la responsable associative, qui appelle à un renforcement des moyens, mais également à une évolution de la manière dont les dirigeants politiques réagissent lorsqu’une affaire judiciaire touche leur camp.

Sarkozy, Le Pen et l’indépendance de la justice au cœur des inquiétudes

La déléguée générale d’Anticor s’inquiète notamment des réactions politiques suscitées par les condamnations judiciaires de personnalités de premier plan. Elle cite les procédures concernant Nicolas Sarkozy et Marine Le Pen, estimant que les critiques visant les magistrats ont atteint une intensité particulièrement préoccupante. Selon elle, les responsables mis en cause tendent fréquemment à dénoncer les juges ou les médias plutôt qu’à reconnaître la portée des décisions judiciaires. Dans ces deux dossiers, Inès Bernard considère que les attaques contre l’institution judiciaire ont été particulièrement fortes et qu’elles témoignent d’une remise en cause du principe d’égalité devant la loi. Ces propos relèvent de son analyse des réactions publiques : ils ne préjugent pas des voies de recours disponibles ni de l’issue définitive des procédures concernées. La responsable associative insiste plus largement sur la nécessité de protéger l’autorité des juridictions contre les pressions politiques. Elle rappelle que la confiance des citoyens repose notamment sur la possibilité de poursuivre et de juger les élus dans les mêmes conditions que les autres justiciables. Dans cette perspective, elle critique également le maintien du lien institutionnel entre le parquet et le pouvoir exécutif. Elle reproche à Emmanuel Macron de ne pas avoir concrétisé sa promesse de renforcer l’indépendance du ministère public, qu’elle considère comme une réforme prioritaire.

À l’approche de la présidentielle, Inès Bernard souhaite que l’ensemble des candidats prennent des engagements précis concernant les moyens de la justice, la prévention des conflits d’intérêts et les mécanismes de contrôle des responsables publics. Elle redoute qu’une nouvelle majorité politique moins attachée, selon son appréciation, à l’indépendance judiciaire puisse affaiblir davantage les garanties existantes. Au-delà de cette inquiétude institutionnelle, la dirigeante d’Anticor insiste sur les conséquences concrètes de la corruption pour la population. Les détournements de fonds publics représentent des ressources qui ne peuvent plus être consacrées aux services collectifs, tandis que certains faits de favoritisme ou de trafic d’influence peuvent fausser les décisions administratives et économiques. Elle évoque également les risques pour la sécurité et l’environnement lorsque des pratiques illégales conduisent à contourner des obligations réglementaires. La lutte contre la corruption ne concerne donc pas seulement les tribunaux ou les personnalités politiques, mais aussi l’utilisation de l’argent public, la qualité des services et la confiance accordée aux institutions. Pour Anticor, les prochains mois doivent permettre de transformer ces préoccupations en propositions concrètes. À moins de 200 jours du scrutin présidentiel, l’association entend ainsi rappeler que la probité ne constitue pas un sujet secondaire de campagne, mais l’une des conditions essentielles du fonctionnement démocratique.

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