Les relations entre la France et l’Algérie ont franchi un nouveau cap avec la visite à Alger du ministre français des Affaires étrangères, Jean-Noël Barrot, le 6 avril 2025. Après des mois de tensions et de provocations, Paris et Alger annoncent la volonté de « reconstruire un partenariat d’égal à égal » et de tourner la page d’une crise sans précédent. Une ambition affichée de part et d’autre de « reprendre la coopération dans tous les domaines ». Mais la question demeure : cette réconciliation sera-t-elle durable, ou l’Algérie retombera-t-elle dans ses vieux réflexes provocateurs ?
Jean-Noël Barrot, lors de son entretien avec le président algérien Abdelmadjid Tebboune, a exprimé un espoir partagé : une relation apaisée, « sereine et équilibrée », après des mois de tensions qui ont ébranlé les fondements même de la diplomatie franco-algérienne. Paris et Alger semblent prêts à entamer une nouvelle phase, loin des frictions sur le Sahara occidental, des expulsions d’influenceurs algériens, et des affrontements médiatiques autour de la politique intérieure française.
La question du partenariat durable
Le ministre a insisté sur la reprise immédiate de la coopération, notamment dans des domaines sensibles comme la sécurité, le Sahel, et les questions migratoires. Une première réunion des responsables français et algériens des services de renseignement devrait même avoir lieu dans les prochaines semaines. La coopération judiciaire est également relancée, notamment concernant le dossier des « biens mal acquis », et le domaine économique n’est pas en reste avec la promesse d’une impulsion nouvelle, malgré les difficultés rencontrées par les entreprises françaises en Algérie. Ce retour à la normale a des airs de réconciliation, mais l’on ne peut s’empêcher de se poser des questions.
L’Algérie semble toujours jouer un double jeu, oscillant entre une volonté affichée de collaboration et des provocations persistantes. La question qui se pose est celle de l’opportunisme d’un régime qui, derrière une façade de « dialogue apaisé », continue de nourrir des tensions sur des dossiers sensibles. L’arrestation de l’écrivain franco-algérien Boualem Sansal en novembre 2025, emprisonné pour des propos jugés subversifs par le régime, soulève également des interrogations. Si Paris souhaite voir se dessiner une relation plus constructive, qu’en est-il de la situation des dissidents, des intellectuels, ou des voix critiques à l’égard du pouvoir en place ?
Les défis d’un partenariat équilibré
La diplomatie française se veut positive et axée sur l’avenir, mais peut-on réellement ignorer les signes de répression internes qui émanent d’Alger ? Le soutien affiché par Emmanuel Macron au Maroc pour une solution au Sahara occidental, soutien qui avait ravivé les tensions, est-il suffisant pour que l’Algérie mette un terme à ses provocations ? Le dernier épisode en date est celui de l’attentat en France, commis par un Algérien sous OQTF, dont le ministre de l’Intérieur, Bruno Retailleau, a immédiatement dénoncé les responsabilités algériennes. La France, en proie à une submersion migratoire de plus en plus importante, se trouve confrontée à un partenaire qui, à l’instar de son soutien à l’indépendantisme sahraoui, semble parfois se jouer des engagements diplomatiques.
Enfin, comment interpréter la gestion des accords de 1968, régissant la circulation et l’établissement des Algériens en France, lorsque l’Algérie se montre inflexible sur la réadmission de ses ressortissants expulsés pour des faits graves ? La coopération migratoire, pourtant censée être un domaine de dialogue constructif, reste un terrain de tensions, illustrant les défis d’un partenariat rééquilibré.
Le retour à la diplomatie ne doit pas occulter ces réalités. Il est légitime de se poser la question : l’Algérie est-elle réellement prête à rompre avec ses provocations pour construire une relation d’égal à égal ? La réponse à cette interrogation influencera la manière dont les Français percevront cette nouvelle phase diplomatique, et les attentes vis-à-vis du régime algérien restent élevées. Les mois à venir diront si cette réconciliation est durable ou si de nouvelles tensions viendront à nouveau entacher cette relation complexe et historique.