La députée de La France Insoumise, Rima Hassan, est vivement critiquée après avoir relayé sur X une fake news affirmant qu’Israël prélèverait des organes sur des Palestiniens décédés depuis 30 ans. S’appuyant sur un article du média britannique Novara Media, l’élue a écrit : « Le vol d’organes par Israël sur les corps palestiniens sans leur consentement. Une pratique vieille de 30 ans. »
Ces propos, qualifiés de vieille rumeur antisémite, ont provoqué un tollé en France et en Israël, suscitant une vague de critiques politiques et médiatiques.
Qu’en est-il d’un point de vue strictement médical ?
Médicalement, certains organes peuvent-ils être prélevés après la mort ? Pour répondre, à cette question, il faut faire une différence fondamentale, celle entre la mort cérébrale et celle avec arrêt total circulatoire.
En transplantation, la distinction entre mort cérébrale et mort par arrêt circulatoire est essentielle. Lorsqu’une personne est en état de « mort cérébrale » mais maintenue en vie artificiellement (ventilation, circulation maintenue), les organes continuent d’être perfusés en oxygène et restent viables pour un prélèvement planifié.
À l’inverse, après un arrêt circulatoire prolongé (arrêt du cœur et de la circulation), les organes subissent une ischémie chaude : l’absence d’apport en oxygène entraîne des lésions cellulaires rapides qui rendent la plupart des organes inexploitables en quelques minutes à quelques heures, selon l’organe.
Les délais pendant lesquels un organe reste potentiellement utilisable après perte de la circulation dépendent fortement de sa sensibilité à l’hypoxie et des techniques de conservation employées. À titre indicatif et en valeurs approximatives :
Le cerveau souffre très vite : lésions irréversibles après quelques minutes sans oxygène.
Le cœur et les poumons sont très sensibles et nécessitent une récupération et une conservation rapides.
Le foie et les reins tolèrent mieux l’ischémie chaude, mais leur qualité se dégrade rapidement si la circulation n’est pas rétablie.La technologie moderne (refroidissement immédiat, perfusion hypothermique ou normothermique ex vivo) peut prolonger la fenêtre d’utilisation, mais tout cela suppose une prise en charge médicale immédiate et organisée.
Pour qu’un prélèvement d’organes aboutisse à une transplantation utile, il faut une chaîne logistique complète, contrôlée et documentée : établissement de santé, équipes chirurgicales, moyens de conservation, consentements ou autorisations légales, dossiers médicaux, registres de greffe, etc. L’idée d’un prélèvement massif, clandestin et prolongé « depuis 30 ans » sur des corps non traités médicalement est tout simplement irréaliste.
Des idées reçues qui ont la vie dure
Plusieurs idées reçues circulent : que les organes peuvent être « volés » à tout moment après le décès, que les tissus restent utilisables plusieurs jours sans soins, ou que l’on peut prélever indifféremment n’importe quel organe sur un cadavre. Ces affirmations sont fausses : la viabilité dépend d’un apport continu d’oxygène ou d’un refroidissement et d’un transfert immédiat vers des dispositifs de préservation. Certains tissus moins exigeants (comme la cornée) peuvent être prélevés dans des délais plus longs que les organes solides, mais là encore dans des cadres encadrés médicalement et juridiquement.
Quelle conclusion en tirer ?
Sur le plan strictement médical et scientifique, il est techniquement possible de prélever des organes sur des personnes décédées, mais presque uniquement quand la mort a été constatée selon des protocoles précis et dans un environnement médical (donneur en mort cérébrale maintenu sous circulation, ou procédures de don après arrêt circulatoire contrôlé). Une pratique clandestine, à grande échelle et sur des corps non pris en charge médicalement, serait biologiquement difficile, logistiquement complexe et lourdement traçable. Par conséquent, l’affirmation d’un prélèvement systématique d’organes « depuis 30 ans » sans consentement et sans laisser de traces institutionnelles est, d’un point de vue scientifique et médical, hautement improbable.
