L’affaire s’épaissit autour d’Édouard Philippe. Déjà visé par une plainte pour détournement de fonds publics, le maire du Havre fait désormais l’objet d’une seconde procédure judiciaire, engagée le même jour par la même plaignante. Le 20 juin 2025, une plainte pour « violation du secret médical » a été déposée contre X, selon les informations confirmées par l’avocat de la lanceuse d’alerte.
Un ancien accident de travail visible par l’employeur actuel
La plaignante, connue sous le pseudonyme de Judith, a été directrice générale adjointe à la communauté urbaine du Havre entre septembre 2020 et avril 2023. Après avoir dénoncé ce qu’elle estime être des pratiques de favoritisme et de gestion contestables, elle affirme avoir été progressivement mise à l’écart, puis victime de harcèlement moral. Elle déclare que ces conditions de travail ont abouti à un grave épuisement professionnel, entraînant son hospitalisation en urgence psychiatrique le 28 novembre 2022 pour un syndrome anxiodépressif sévère. Quelques semaines plus tard, en décembre, elle reçoit un message de la CPAM sur son compte personnel l’invitant à remplir une déclaration d’accident de travail. En accédant à son espace Ameli, elle découvre que son employeur actuel, Le Havre Seine Métropole, a eu accès à un ancien dossier d’accident de travail datant de 2020, alors qu’elle travaillait dans la communauté d’agglomération de Pau. Ce document, normalement confidentiel, a été visible jusqu’à sa suppression par la CPAM le 19 décembre 2022. Judith soupçonne que cette indiscrétion ait été exploitée pour remettre en cause la reconnaissance de son nouvel arrêt comme accident professionnel.
Une procédure en parallèle du dossier pour détournement de fonds
L’incident médico-administratif intervient dans un contexte déjà explosif. Le même jour, la plaignante avait en effet déposé une plainte pour détournement de fonds publics et favoritisme visant directement Édouard Philippe, dans le cadre de sa gestion à la tête de la communauté urbaine. Ces accusations, vivement contestées par l’ancien Premier ministre, ont été médiatisées fin juin après leur révélation par le Canard Enchaîné. Dans la seconde plainte, déposée contre X mais visant implicitement la CPAM et la communauté urbaine, Judith accuse les autorités d’avoir utilisé des données confidentielles pour contester la reconnaissance de son accident professionnel. Elle y dénonce des faits de divulgation de données personnelles, de recel et de révélation d’informations à caractère secret. Selon son avocat, ces éléments auraient servi à affaiblir la crédibilité de son témoignage en minimisant l’impact de ses alertes.
La CPAM, mise en cause, reste silencieuse
La CPAM, contactée après les faits, aurait confirmé la visibilité du dossier litigieux à l’employeur avant de procéder à sa suppression. De son côté, la communauté urbaine du Havre a refusé de reconnaître la nature professionnelle de l’accident de novembre 2022, évoquant des antécédents similaires dans un précédent poste à Pau. Ces nouveaux éléments viennent alourdir un dossier déjà sensible politiquement. L’avocat de la plaignante évoque une instrumentalisation d’informations médicales dans un contexte de représailles administratives, tandis que la justice devra désormais se prononcer sur une possible atteinte au droit fondamental au secret médical.