Emmanuel Macron
French President Emmanuel Macron, arrives at the White House, Monday, Feb. 24, 2025, in Washington. (AP Photo/Manuel Balce Ceneta)

La scène aurait pu être celle d’un film dystopique, elle est pourtant bien réelle. Un président ukrainien humilié en mondovision par un Donald Trump plus que jamais décidé à réorienter la politique étrangère américaine, un Emmanuel Macron jouant les pompiers pyromanes, et une Europe qui, au lieu de saisir une occasion inespérée de paix, s’enfonce toujours plus dans l’escalade. Voilà où nous en sommes.

La conférence de presse surréaliste entre Volodymyr Zelensky et Donald Trump n’aura donc pas servi de signal d’alarme aux dirigeants européens. Plutôt que de prendre acte du virage américain et de saisir la proposition d’un cessez-le-feu de 60 jours – à l’image de ceux négociés pour Gaza et le Liban –, ils ont préféré torpiller toute chance de désescalade. Londres, Bruxelles… Partout, les chefs d’État européens s’agitent pour organiser ce qu’ils appellent un « sursaut stratégique », mais qui ressemble bien plus à une fuite en avant. Macron, toujours aussi habile dans l’art du verbiage creux, répète à l’envi que « rien n’est exclu », tout en expliquant qu’il est minuit moins le quart avant l’effondrement de l’ordre international. Quel ordre ? Celui qu’il contribue lui-même à détruire en refusant toute initiative sérieuse pour obtenir une paix négociée en Ukraine ?

Le constat est limpide : les Européens ont saboté le plan de paix américain. Un plan qui, pourtant, aurait permis d’imposer une pause stratégique dans le conflit, de geler les hostilités et d’ouvrir enfin la voie à des négociations sérieuses. Mais il faut croire que cette perspective ne convenait pas aux dirigeants du Vieux Continent. Loin d’apaiser les tensions, Macron et ses homologues s’accrochent à un leadership européen factice, cherchant à imposer un projet de défense commune qui n’a qu’un seul objectif : ancrer l’Europe dans une logique d’affrontement avec la Russie, quitte à précipiter le continent dans l’inconnu.

Il faut être aveugle pour ne pas voir que cette escalade nous rapproche dangereusement d’un conflit majeur. Une guerre – appelons-la ainsi – qui permettrait aux dirigeants européens de se maintenir au pouvoir sans passer par la case électorale, en invoquant un état d’exception permanent. Plus besoin de justifier leur impéritie économique, leur échec social, leur déconnexion totale des réalités : la guerre devient l’ultime échappatoire, le dernier prétexte pour imposer leur agenda sans débat démocratique.

Ce qui stupéfie le plus, c’est que la majorité des chefs d’État européens semblent préférer l’affrontement à la paix. Qui, parmi eux, ose encore parler d’une négociation sérieuse avec Moscou ? Qui, parmi eux, comprend que le seul avenir viable pour l’Ukraine passe par un compromis, et non par une escalade insensée ? Pendant que les Européens subissent l’inflation, la désindustrialisation et une crise énergétique durable, leurs gouvernants n’ont qu’une obsession : préparer le prochain round du conflit et ouvrir la boîte de Pandore d’une militarisation accélérée sous couvert de « solidarité européenne ».

Si l’Europe avait encore des dirigeants dignes de ce nom, elle se positionnerait en médiatrice, en force de stabilisation. Au lieu de cela, elle s’enferme dans un suivisme dangereux, complice de la montée des périls. « Il est minuit moins le quart », nous dit Macron. Ce qu’il ne dit pas, c’est que ce sont lui et ses homologues qui avancent délibérément les aiguilles de l’horloge.

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