François Bayrou
François Bayrou

Ce lundi 3 février, François Bayrou engage un pari risqué en activant pour la première fois l’article 49.3 afin de faire adopter le budget 2025. Une manœuvre inévitable en raison de l’absence de majorité absolue à l’Assemblée, mais qui ouvre la voie à une motion de censure déposée par La France insoumise. Si cette dernière devrait être soutenue par les communistes et les écologistes, l’issue du vote dépendra avant tout de la position du Parti socialiste et du Rassemblement national, qui entretiennent encore le flou.

Un 49.3 en série pour débloquer la situation

Le gouvernement souhaite aller vite. Après des semaines de paralysie budgétaire depuis la chute du gouvernement Barnier en décembre dernier, François Bayrou veut mettre fin à l’incertitude. Ce lundi, il prévoit d’activer l’article 49.3 sur le budget de l’État, puis probablement dans la foulée sur le budget de la Sécurité sociale. Trois recours successifs à cet outil constitutionnel seront nécessaires pour faire adopter l’ensemble des textes.

« Nous sommes en février, il n’y a toujours pas de budget pour cette année. C’est inacceptable pour un grand pays comme la France », a justifié le Premier ministre dans La Tribune Dimanche, insistant sur l’urgence d’un vote pour éviter une situation de blocage.

Une motion de censure portée par LFI, mais à l’issue incertaine

L’usage du 49.3 entraîne automatiquement le dépôt d’une motion de censure par les Insoumis, prévue pour être votée mercredi. Si elle est soutenue par les communistes et les écologistes, cela ne suffira pas à renverser le gouvernement. Tout dépendra donc de la position du Parti socialiste et du Rassemblement national.

Du côté du PS, l’hésitation est palpable. Son chef de file, Boris Vallaud, a affirmé que la censure était « toujours sur la table », tout en reconnaissant que le pays avait besoin d’un budget. La question divise profondément les socialistes, certains redoutant un affaiblissement du gouvernement qui pourrait profiter aux extrêmes. L’ancien Premier ministre Lionel Jospin a d’ailleurs pris la parole ce week-end pour appeler la gauche à ne pas faire tomber François Bayrou, un argument rejeté par La France insoumise.

Quant au Rassemblement national, il laisse planer le doute. Officiellement, le parti critique un budget jugé « désastreux », mais il pourrait chercher à apparaître comme une force de responsabilité, refusant de s’associer à une stratégie de blocage portée par la gauche radicale. Jordan Bardella et Marine Le Pen trancheront en début de semaine.

Un gouvernement sous pression mais pas condamné

Si la motion de censure était adoptée, François Bayrou deviendrait le deuxième Premier ministre à être renversé en moins de six mois, après Michel Barnier. Mais pour que cela se produise, il faudrait que les socialistes et le RN votent ensemble avec la gauche radicale, un scénario encore incertain.

Dans l’entourage du Premier ministre, on mise sur la division de l’opposition. L’exécutif met également en avant les conséquences économiques d’un rejet du budget : sans texte adopté, la France continuerait de fonctionner en gestion provisoire, avec des blocages dans le financement des hôpitaux et des collectivités locales. Le gouvernement estime que l’absence de budget aurait déjà coûté 12 milliards d’euros à l’économie française, un chiffre contesté mais qui vise à peser sur le débat.

Pour François Bayrou, la semaine qui s’ouvre est donc décisive. Si la motion échoue, il pourra poursuivre son mandat et stabiliser son gouvernement. Mais si elle passe, Emmanuel Macron devra une nouvelle fois chercher un Premier ministre, plongeant un peu plus le pays dans l’incertitude.

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