Le gouvernement syrien de Bachar al-Assad a orchestré une vaste opération secrète entre 2019 et 2021 pour déplacer des dizaines de milliers de corps d’un charnier situé à Qutayfah vers un autre site dissimulé dans le désert, à l’est de Damas. Selon une enquête menée par Reuters, cette réinhumation clandestine visait à dissimuler les preuves des atrocités commises au moment où Damas cherchait à redorer son image sur la scène internationale.
Les recherches menées par l’agence s’appuient sur des témoignages de militaires syriens, d’anciens employés des services de sécurité, d’ouvriers civils ainsi que sur des images satellites et des vidéos de drones. Celles-ci montrent l’existence d’une fosse commune géante près de la ville de Dhumair, creusée pour accueillir les corps exhumés de Qutayfah, l’un des plus grands charniers connus du pays.
D’après les informations recueillies, l’opération a été supervisée par des unités de l’armée syrienne et des services de renseignement, sous couvert d’activités de construction. Les équipes, souvent contraintes de travailler de nuit, auraient déplacé les cadavres à l’aide de camions militaires, dans le plus grand secret, afin d’effacer toute trace matérielle de crimes de guerre commis depuis le début du conflit en 2011.
Les images aériennes obtenues par Reuters confirment l’ampleur du site de Dhumair, désormais recouvert de sable et étroitement surveillé par les forces du régime. Plusieurs sources locales ont rapporté que des zones entières du désert avaient été bouclées pendant des mois, empêchant toute enquête indépendante.
Ces révélations surviennent alors que le président syrien cherche à sortir de son isolement diplomatique, plusieurs pays arabes ayant récemment renoué des liens avec Damas. Pour les défenseurs des droits humains, cette opération de dissimulation constitue une nouvelle tentative du régime d’effacer les preuves de massacres de civils et de torture dans les prisons syriennes, longtemps documentés par les ONG internationales.
Malgré les démentis réguliers du gouvernement syrien, l’enquête de Reuters met en lumière un système organisé de camouflage visant à effacer la mémoire de crimes massifs. Elle rappelle que des milliers de familles syriennes attendent toujours des réponses sur le sort de leurs proches disparus pendant la guerre.