À l’occasion des commémorations du 80e anniversaire de la fin de la Seconde Guerre mondiale en Europe, Taïwan a vivement critiqué vendredi la Chine et la Russie pour ce qu’elle qualifie de « déformation historique », accusant les deux puissances de réécrire les faits pour servir leurs intérêts politiques actuels. L’île démocratique conteste fermement l’idée, promue par Pékin et relayée par Moscou, selon laquelle le Parti communiste chinois aurait dirigé la victoire contre le Japon.
Dans un communiqué particulièrement virulent, le Conseil des affaires continentales de Taïwan a affirmé que les forces communistes de Mao Zedong n’avaient « apporté aucune contribution substantielle à la guerre de résistance contre le Japon » et s’étaient au contraire servies de l’occasion pour consolider leur propre pouvoir militaire. « Ce sont le gouvernement et le peuple de la République de Chine qui ont combattu et triomphé, pas le Parti communiste chinois », peut-on lire dans la déclaration.
Taïwan, qui porte toujours le nom officiel de « République de Chine », rappelle que c’est ce même gouvernement qui faisait partie de l’alliance internationale dirigée par les États-Unis, la Grande-Bretagne et l’Union soviétique durant la guerre. Ce gouvernement a mené la majeure partie des combats en Chine contre l’armée impériale japonaise, tout en suspendant temporairement sa guerre civile contre les communistes. Après la victoire alliée, il s’est réfugié à Taïwan en 1949, après sa défaite face aux forces maoïstes.
Les déclarations de Taipei font suite à des propos tenus par le président russe Vladimir Poutine lors de sa rencontre à Moscou avec son homologue chinois Xi Jinping. Le dirigeant russe a salué la Chine pour « avoir gagné la guerre sous la direction du Parti communiste chinois », une affirmation que Taïwan dénonce comme historiquement fausse. Pékin n’a pas encore répondu à ces accusations.
La polémique intervient alors que Pékin et Moscou ont réaffirmé leur unité diplomatique par une déclaration conjointe affirmant que Taïwan faisait « partie intégrante de la République populaire de Chine ». Cette position, que Taïwan rejette catégoriquement, est régulièrement soutenue par les autorités chinoises sur la base de la Déclaration du Caire (1943) et de la Déclaration de Potsdam (1945), textes ayant évoqué la restitution de Taïwan à la Chine après la défaite japonaise. Taipei rappelle toutefois qu’à l’époque, la République populaire de Chine n’existait pas encore.
Le ministère taïwanais des Affaires étrangères a insisté : « Toute fausse déclaration visant à déformer le statut souverain de Taïwan ne peut pas changer l’histoire, ni ébranler les faits objectifs reconnus par la communauté internationale. »
Le président taïwanais, Lai Ching-te, régulièrement qualifié de « séparatiste » par Pékin, a toujours rejeté les prétentions de souveraineté de la Chine continentale, affirmant que seul le peuple taïwanais pouvait décider de son avenir. Dans un climat régional déjà tendu, cette nouvelle passe d’armes verbale souligne une fois de plus l’enjeu stratégique que représente la mémoire historique dans la rivalité sino-taïwanaise et dans les alliances internationales qui en découlent.