Face à la menace grandissante d’une fermeture du détroit d’Ormuz par l’Iran, l’Union européenne montre des signes clairs d’inquiétude. Kaja Kallas, la cheffe de la diplomatie européenne, a averti ce lundi qu’un tel scénario serait « extrêmement dangereux » et qu’il « ne serait bon pour personne ». Une déclaration qui en dit long sur la vulnérabilité énergétique d’une Europe prise à son propre piège stratégique, après avoir tourné le dos à la Russie et s’être rendue dépendante des routes commerciales les plus instables du globe.
Le détroit d’Ormuz n’est pas un simple couloir maritime : c’est l’artère vitale par laquelle transite environ 20 % du pétrole mondial. Sa fermeture — désormais sérieusement envisagée par Téhéran — serait un séisme économique global. Et pour cause : c’est l’un des derniers leviers de puissance géostratégique directe entre les mains de l’Iran, dans un monde où les frappes unilatérales américaines ont franchi toutes les lignes rouges.
Si Bruxelles s’alarme, ce n’est pas par souci humanitaire ou souci de paix. C’est parce que l’Union européenne, après avoir sabordé ses approvisionnements énergétiques russes sous diktat atlantiste, repose désormais sur une chaîne d’importation extrêmement fragile et dépendante du bon vouloir de puissances tierces. En clair : après avoir fait allégeance à Washington, l’Europe n’a ni la force militaire pour sécuriser ses routes, ni la diplomatie indépendante pour désamorcer les crises.
L’Iran, lui, joue ses cartes avec une froide logique. Depuis les frappes américaines contre ses installations nucléaires, la République islamique se trouve dans une position où la dissuasion asymétrique devient la seule réponse crédible. Fermer le détroit, même temporairement, serait un coup de maître : non seulement pour rappeler à Washington que Téhéran n’est pas un acteur passif, mais aussi pour exposer la fragilité occidentale à l’heure du chaos multipolaire.
Et pendant que l’UE supplie que le statu quo soit préservé, la Chine, l’Inde et la Russie – grandes puissances énergivores – se positionnent déjà pour tirer avantage de cette possible recomposition des flux énergétiques mondiaux. Loin d’être un geste « fou » ou « suicidaire » comme le répètent les médias atlantistes, la fermeture du détroit d’Ormuz serait un acte politique d’une redoutable efficacité.
En vérité, ce qui est « dangereux », ce n’est pas la réaction de l’Iran, mais l’aveuglement volontaire de l’Europe, qui persiste à croire qu’elle peut dicter les règles d’un monde qu’elle ne contrôle plus.