Des dizaines de Gazaouis ayant fui l’enclave ravagée par la guerre ont déclaré avoir payé jusqu’à 2 000 dollars par siège pour rejoindre l’Afrique du Sud, dans le cadre d’un voyage organisé par un groupe privé. Arrivés à Johannesburg le 13 novembre, ces réfugiés palestiniens font aujourd’hui l’objet d’une enquête sud-africaine, les autorités soupçonnant une opération opaque et peut-être orchestrée pour favoriser le déplacement de civils hors de Gaza.
Parmi les 130 Palestiniens autorisés à entrer sur le territoire sud-africain après un premier refus, deux témoins interrogés par Reuters ont décrit leur parcours : une demande soumise il y a six mois à une organisation appelée Al-Majd Europe, des démarches accélérées par WhatsApp, une traversée du point de passage israélien de Kerem Shalom, puis un vol depuis l’aéroport de Ramon avec une escale à Nairobi. Le tout moyennant une somme considérable, dans une région plongée dans la précarité humanitaire.
Le ministre sud-africain des Affaires étrangères, Ronald Lamola, a affirmé lundi que les circonstances de cette arrivée « soulèvent de sérieuses questions » et pourraient s’inscrire « dans une stratégie plus large visant à expulser les Palestiniens de Palestine ». Pretoria, soutien de longue date de la cause palestinienne, accuse ouvertement Israël de génocide dans sa guerre contre le Hamas. Israël, de son côté, rejette cette accusation et affirme que son opération militaire cible exclusivement le groupe islamiste et non les civils.
Le gouvernement israélien n’a pas directement commenté l’organisation de ce transfert, mais un porte-parole a rappelé que le Premier ministre Benjamin Netanyahu considère que « tout Palestinien souhaitant quitter Gaza doit être autorisé à le faire, tout comme il doit pouvoir y revenir ». Le COGAT, organisme militaire israélien en charge des affaires civiles à Gaza, a précisé que les personnes évacuées avaient reçu l’autorisation d’un pays tiers et disposaient de visas valides pour l’Afrique du Sud. Les documents transmis par Al-Majd Europe confirmaient leur droit d’atterrir, selon cette source.
À leur arrivée à Johannesburg, les autorités frontalières ont cependant constaté plusieurs irrégularités : absence de tampons de sortie, manque d’information sur les logements, absence de billets retour. Si certains ont été hébergés dans des auberges de jeunesse, d’autres ont été accueillis par la communauté musulmane locale. Vingt-trois passagers ont ensuite été dirigés vers d’autres destinations.
Parmi les exilés, Ramzi Abu Youssef, un père de famille de 42 ans atteint d’un lymphome, justifie sa fuite : « Combien de temps aurais-je dû attendre pour être évacué ? » Deux de ses filles ont péri dans un raid israélien en juin 2024, et sa maison a été détruite. Un autre Gazaoui, parti avec femme et enfants après plusieurs déplacements forcés, a confié à Reuters avoir pris cette décision « à contrecœur » en raison des bombardements incessants sur Deir al-Balah.
Ce cas illustre la situation humanitaire désespérée à Gaza, plus d’un mois après l’entrée en vigueur du cessez-le-feu négocié par Donald Trump. Depuis le début de la guerre, le 7 octobre 2023, les chiffres sont effrayants : 1 200 morts israéliens et 251 personnes enlevées selon Israël, et plus de 69 000 Palestiniens tués d’après les autorités sanitaires locales. Ce vol charter, opéré par Global Airways depuis le Kenya, révèle une nouvelle facette de l’exode palestinien, dans un climat d’urgence, de désespoir, et désormais, de soupçons.