Le 20 octobre 2011, après plus de quarante ans de pouvoir absolu, Mouammar Kadhafi trouve la mort dans sa ville natale de Syrte. Traqué depuis des mois par les rebelles libyens soutenus par l’OTAN, le « Guide de la révolution » est capturé vivant avant d’être lynché par ses opposants. Sa chute, célébrée comme une victoire du « printemps arabe », laisse pourtant la Libye plongée dans le chaos et marque l’un des tournants les plus dramatiques de l’histoire contemporaine du monde arabe.
De la révolte à la chute du régime
Inspirée par les révolutions tunisienne et égyptienne, la contestation éclate en février 2011 à Benghazi, bastion de la Cyrénaïque. Les manifestants réclament la fin du régime autoritaire instauré en 1969, plus de libertés et une meilleure répartition des richesses pétrolières. Kadhafi, au pouvoir depuis 42 ans, refuse toute concession et fait tirer sur la foule. La répression sanglante transforme la révolte en guerre civile. Tandis que les insurgés se regroupent au sein du Conseil national de transition (CNT), les forces du régime avancent vers l’est et menacent Benghazi.
Redoutant un massacre, la communauté internationale réagit. Le 17 mars 2011, le Conseil de sécurité de l’ONU adopte la résolution 1973, autorisant l’instauration d’une zone d’exclusion aérienne pour « protéger les civils ». Dès le 19 mars, la France et ses alliés de l’OTAN bombardent les troupes loyalistes. Très vite, l’intervention dépasse le cadre fixé : il ne s’agit plus seulement de protéger les civils, mais de renverser Kadhafi. Soutenus par les frappes occidentales, les rebelles reprennent l’offensive, s’emparent de Tripoli à la fin de l’été et encerclent Syrte, dernier bastion du régime.
La fin du « Guide » et le chaos libyen
Le 20 octobre 2011, alors qu’il tente de fuir Syrte à bord d’un convoi, Mouammar Kadhafi est repéré par un drone américain et visé par des frappes françaises. Blessé, il trouve refuge dans un canal d’évacuation, où il est capturé vivant par des combattants venus de Misrata. Quelques heures plus tard, il est exécuté dans des conditions brutales. Les images de son corps mutilé, diffusées dans le monde entier, provoquent à la fois soulagement et malaise. L’Occident salue la « libération de la Libye », mais plusieurs pays — notamment la Russie, la Chine et l’Afrique du Sud — dénoncent un « assassinat » et l’ingérence de l’OTAN.
La mort de Kadhafi ne marque pas la fin des violences, mais le début d’un long effondrement. Privée d’institutions solides après quatre décennies de pouvoir personnel, la Libye sombre dans l’anarchie. Les milices se partagent le pays, la production pétrolière s’effondre et les routes migratoires deviennent des zones de trafics et de guerres entre clans. Les armes et les combattants de l’ancien régime alimentent les conflits du Sahel, du Mali au Tchad, obligeant la France à intervenir de nouveau quelques années plus tard.