L’Unédic tire la sonnette d’alarme. Dans ses dernières projections, l’organisme chargé de gérer l’Assurance chômage prévoit un déficit abyssal pour 2026 : 1,3 milliard d’euros, contre seulement 100 millions cette année. Une chute brutale qui s’explique par la conjoncture économique atone, le poids de la dette héritée du Covid et les décisions gouvernementales jugées défavorables au redressement du régime. Selon le communiqué publié ce mercredi, la dette totale de l’Assurance chômage atteindrait près de 60,8 milliards d’euros à la fin de l’année prochaine, contre 59,5 milliards fin 2025. L’Unédic, privée selon elle de marges de désendettement par les prélèvements de l’État depuis 2023, accuse les ponctions gouvernementales d’avoir amputé de 13 milliards d’euros ses capacités de remboursement. Pour compenser, l’organisme devra recourir à de nouveaux emprunts sur les marchés financiers, à des taux de plus en plus élevés, aggravant mécaniquement la charge de la dette.
Une dette Covid qui continue de peser
L’année 2026 marquera le début des remboursements de la dette contractée pendant la crise sanitaire, alors même que la situation budgétaire reste fragile. L’Unédic insiste sur le risque d’un effet ciseau : des recettes contraintes par les ponctions publiques, des charges alourdies par les intérêts et une croissance économique au ralenti. Dans ce contexte, le bureau de l’organisme devrait demander au gouvernement de revoir le prélèvement effectué sur ses recettes, afin de préserver sa capacité à jouer son rôle « d’amortisseur social et économique ». Les prévisions économiques n’invitent pas à l’optimisme. L’Unédic table sur une croissance limitée à 0,7 % en 2025 et 0,9 % en 2026, plombée par l’instabilité politique et les tensions budgétaires. La reprise ne serait véritablement perceptible qu’en 2027, avec une croissance modérée de 1,2 %. Sur le marché du travail, la stagnation devrait dominer : environ 60 000 destructions nettes d’emplois sont attendues en 2025, avant une stabilisation en 2026 et un rebond espéré de 160 000 créations en 2027.
Un régime sous tension politique et économique
L’incertitude politique, particulièrement marquée ces derniers mois, est citée comme un facteur aggravant. En juin, les prévisions faisaient état d’un déficit deux fois plus élevé pour 2025, mais trois fois plus faible pour 2026. Depuis, la situation s’est inversée : les turbulences institutionnelles et la fragilité du gouvernement ont pesé sur la confiance des acteurs économiques. Résultat : le nombre de chômeurs indemnisés devrait stagner autour de 2,6 millions entre fin 2025 et fin 2026, avant un léger repli à 2,5 millions l’année suivante. Une stagnation symptomatique d’un marché du travail en apnée, alors que l’État durcit parallèlement les règles d’indemnisation. Pour l’Unédic, la ligne rouge se rapproche : si rien ne change, l’Assurance chômage risque de voir son rôle de stabilisateur social sérieusement compromis dès l’année prochaine.