Justifié par un témoignage glaçant et un abandon judiciaire, le parcours de Fabienne, victime présumée d’un viol sous soumission chimique à Pornic en 2019, illustre l’angle mort d’une justice impuissante. À 55 ans, cette mère de famille continue de panser les plaies invisibles laissées par deux agressions, un parcours médical chaotique et des années de silence institutionnel. Pendant que son agresseur meurt sans jamais avoir été jugé, elle tente de se reconstruire, seule face à la dette, au traumatisme et à l’absence de reconnaissance.
Une plainte tardive, un agresseur relâché, une affaire classée
C’est un dimanche d’octobre, en 2019, que tout bascule. Fabienne se rend au marché de Pornic, achète des huîtres, du poulet, et accepte de goûter un vin proposé par un commerçant local. Après trois gorgées dans sa boutique, elle sent son corps céder, demande un verre d’eau, puis perd connaissance. Rideau baissé, trou noir, flashs confus. Elle se revoit dans une voiture, puis dans un jacuzzi, vêtue d’un caleçon d’homme. Elle ne rentrera chez elle qu’à 19 heures, incapable de se souvenir du déroulé exact. Ce n’est que quatre mois plus tard, après un retour progressif de la mémoire et de violents symptômes post-traumatiques, qu’elle porte plainte. Le commerçant est placé brièvement en détention provisoire, avant d’être relâché. Il nie les faits, et aucun test toxicologique n’a pu être réalisé à temps. Le dossier judiciaire, privé de preuves matérielles, piétine. En décembre 2020, malgré une expertise psychiatrique sans ambiguïté, l’affaire est classée sans suite. Le parquet invoque un manque d’éléments, en dehors du témoignage de la victime. Aucune enquête approfondie, aucun interrogatoire de sa fille ni de l’entourage du suspect. En 2021, l’agresseur présumé décède, mettant définitivement fin à tout espoir de procès. Un deuxième viol, survenu peu après dans le même contexte, viendra renforcer la conviction de Fabienne sur la préméditation du premier. Cette fois, sans drogue, l’homme l’attire chez lui, la tire par le blouson et l’agresse dans sa chambre. Elle quitte les lieux brisée, sonnée, incapable de réagir.
Depuis, sa santé s’est dégradée
Fibromyalgie, phobies, dépression, hospitalisations psychiatriques, arrêt de travail prolongé : trois années hors circuit, à survivre. Financièrement, le trou est béant. Fabienne accumule 21 000 euros de dettes, entre soins, démarches juridiques et perte de revenus. Aucune indemnisation ne viendra compenser. Pas même un mot de la justice. Aujourd’hui, elle se tourne vers la Commission d’indemnisation des victimes d’infractions (Civi), tente de relancer une procédure, et a lancé une cagnotte pour tenter d’alléger le poids du passé. Son témoignage, recueilli dans un documentaire sur la soumission chimique, rejoint celui d’autres femmes dont la parole arrive souvent trop tard, ou ne trouve aucun écho dans les tribunaux. Fabienne, comme tant d’autres, incarne le vide laissé par une justice dépassée face à une forme de prédation qui ne laisse que rarement des traces visibles. Mais les dégâts, eux, sont bien réels. Et durables.