Une vidéo montrant l’exécution brutale d’une femme et de son prétendu amant, accusés d’adultère dans une région tribale reculée du sud-ouest du Pakistan, a suscité une vague d’indignation dans tout le pays. Le double meurtre, qualifié de « crime d’honneur », a entraîné l’arrestation d’au moins 16 personnes et relancé les débats sur les pratiques tribales archaïques et l’impunité persistante face aux violences faites aux femmes.
La scène, filmée et largement diffusée sur les réseaux sociaux, montre Bano Bibi, la victime, recevant un exemplaire du Coran des mains d’un homme identifié par la police comme étant son propre frère, Jalal Satakzai. « Venez faire sept pas avec moi, après vous pourrez me tirer dessus », déclare-t-elle, selon les propos captés sur la vidéo. Après avoir avancé de quelques pas, elle est abattue de trois balles dans le dos. Quelques instants plus tard, Ehsan Ullah Samalani, l’homme accusé d’entretenir une relation avec elle, est également exécuté.
Les images insoutenables ont profondément choqué l’opinion publique pakistanaise. Dans un pays où des centaines de meurtres d’honneur sont commis chaque année — souvent passés sous silence ou réglés via des mécanismes coutumiers de justice tribale — cette affaire a suscité une réaction rare et massive. « Personne n’a réagi jusqu’à ce que des millions de personnes regardent la vidéo », a déploré un avocat engagé dans la défense des droits humains, soulignant le rôle tragique de la viralité dans le déclenchement de l’indignation.
Le meurtre a eu lieu dans une zone rurale de la province du Baloutchistan, connue pour l’influence persistante des jirgas, ces conseils tribaux non officiels qui rendent une justice parallèle souvent incompatible avec les lois nationales. Selon la police, le crime aurait été planifié et approuvé par un conseil local, qui a ordonné l’exécution du couple au nom de la « préservation de l’honneur familial ».
Les autorités ont confirmé l’arrestation de 16 personnes, dont plusieurs membres de la famille des victimes, tandis qu’une enquête officielle a été ouverte. Le gouvernement provincial a promis que les auteurs seraient jugés selon la loi pénale pakistanaise, sans possibilité de recours aux « compromis » habituellement négociés dans ce type de cas.
L’affaire relance le débat sur la nécessité de réformes plus rigoureuses contre les crimes d’honneur au Pakistan. Malgré l’adoption en 2016 d’une loi durcissant les peines pour ces meurtres, de nombreuses affaires sont encore classées sans suite ou résolues en dehors du système judiciaire. Pour les défenseurs des droits des femmes, seule une mobilisation nationale et des sanctions exemplaires permettront de briser cette culture de la violence impunie.