Suicide de Lily à Aubière : l’État et le département visés par une triple action en justice
Suicide de Lily à Aubière : l’État et le département visés par une triple action en justice

Un an et demi après la mort tragique de Lily, adolescente de 15 ans retrouvée pendue dans un hôtel d’Aubière (Puy-de-Dôme) où elle avait été placée par les services de l’enfance, l’affaire rebondit sur le terrain judiciaire. L’association CDP-enfance, engagée dans la défense des droits des mineurs, lance trois procédures contre les autorités qu’elle accuse de négligences graves. Le 25 janvier 2024, Lily, suivie par l’Aide sociale à l’enfance du département, mettait fin à ses jours dans une chambre d’hôtel censée l’héberger temporairement. Un lieu que l’association juge inadapté, voire illégal pour ce type d’accueil. Dans une plainte déposée auprès du procureur de la République de Clermont-Ferrand, CDP-enfance dénonce une « mise en danger de la vie d’autrui », pointant l’inaction du conseil départemental malgré de multiples signaux d’alerte.

Un placement jugé illégal, des signaux ignorés

L’association accuse le département d’avoir sciemment placé la jeune fille dans un établissement sans agrément pour mineurs, dans des conditions indignes. L’hôtel en question ne disposait ni de personnel formé, ni de cadre éducatif adapté, et encore moins d’un accompagnement psychologique, alors même que Lily montrait des signes clairs de détresse, selon son avocat Pascal Cussigh. Il estime que le suicide de l’adolescente aurait pu être évité si les signaux avaient été correctement pris en compte. Parallèlement à cette plainte pénale, CDP-enfance engage une procédure devant le tribunal administratif de Clermont-Ferrand pour faire reconnaître l’illégalité du placement. Elle accuse les services sociaux d’avoir contourné les règles de protection des mineurs en utilisant une structure non agréée, faute de places disponibles ailleurs, une pratique que l’association juge intolérable et systémique.

L’État visé pour faute lourde

Enfin, une troisième procédure vise directement l’État. L’association réclame réparation pour « faute lourde », estimant que la défaillance des services de contrôle et de régulation de l’Aide sociale à l’enfance a contribué au drame. En s’appuyant sur le précédent judiciaire de l’affaire Marina, condamnation retentissante de l’État en 2020 pour n’avoir pas protégé une fillette maltraitée, l’association espère faire jurisprudence. Le conseil départemental du Puy-de-Dôme, sollicité par la presse, n’a pour l’instant émis aucun commentaire. Mais ce silence ne devrait pas durer, tant cette affaire met en lumière les failles profondes d’un système censé protéger les plus vulnérables. La mort de Lily pourrait bien devenir un symbole des errements de la protection de l’enfance en France.

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