TARTU, 30 juillet 2025 – Face à la surpopulation carcérale croissante en Suède, l’Estonie se prépare à accueillir jusqu’à 600 détenus suédois dans sa prison de Tartu, au sud-est du pays. L’établissement, moderne et largement sous-utilisé, a été dévoilé à la presse mercredi, dans le cadre des efforts de Tallinn pour promouvoir un accord de transfert de prisonniers encore en cours de ratification dans les deux pays.
Construite en 2002, la prison de Tartu dispose de 933 places, dont environ 600 sont actuellement vacantes. Dans les couloirs austères mais fonctionnels, les autorités estoniennes ont insisté sur les conditions d’accueil, les normes de sécurité et les bénéfices potentiels de ce partenariat inédit dans la région baltique.
En vertu de l’accord, la Suède versera 8 500 euros par mois par détenu hébergé en Estonie – un coût bien inférieur aux 20 000 euros mensuels qu’engendre en moyenne l’incarcération dans les établissements suédois. Les détenus seraient transférés à partir de fin 2026, sous réserve de l’approbation parlementaire des deux côtés de la mer Baltique.
L’Estonie s’est toutefois montrée prudente dans ses conditions d’accueil. « Nous n’acceptons pas ceux qui sont organisateurs de réseaux criminels ou qui adhèrent à l’extrémisme radical », a déclaré Rait Kuuse, directeur du service estonien des prisons et de la probation. Une évaluation individuelle sera réalisée pour chaque candidat au transfert.
À Tartu, deuxième ville du pays, les avis sont partagés. Si certains habitants espèrent des retombées économiques et des créations d’emplois locaux, d’autres craignent une détérioration du climat sécuritaire. Les autorités assurent que les prisonniers transférés resteront sous juridiction suédoise, mais sous surveillance et encadrement estonien.
L’accord s’inscrit dans une tendance plus large en Europe, alors que près d’un tiers des pays du continent font face à une surpopulation carcérale chronique, selon un rapport publié ce mois-ci. Pour la Suède, réputée pour son système pénitentiaire axé sur la réhabilitation, cette solution externalisée pourrait marquer un tournant stratégique dans sa gestion carcérale.