La police pakistanaise a annoncé l’arrestation de 14 personnes, dont un chef tribal influent, dans une affaire de « crime d’honneur » particulièrement choquante survenue dans le sud-ouest du pays. Le drame a eu lieu après la diffusion d’une vidéo montrant l’exécution d’un couple accusé d’avoir eu une liaison, un acte considéré comme une offense dans certaines régions conservatrices du Pakistan.
Parmi les personnes interpellées figure Sher Baz Satakzai, un chef tribal local soupçonné d’avoir ordonné le meurtre du couple. Selon la police de Quetta, dans la province du Baloutchistan, les victimes avaient été capturées et détenues avant d’être abattues à bout portant. Les enquêteurs affirment que l’homme et la femme ont été exécutés sommairement après une décision prise lors d’un « jirga », une assemblée tribale traditionnelle mais non reconnue par la loi pakistanaise.
Les autorités ont précisé que la femme avait été tuée par son propre frère, obéissant à la sentence prononcée par les anciens du village. Le chef du gouvernement provincial, Mir Sarfraz Bugti, a qualifié ce meurtre de « douloureux et dégoûtant », et a promis que justice serait rendue sans complaisance, quelle que soit l’influence des personnes impliquées.
Les « crimes d’honneur » restent tristement fréquents dans certaines zones rurales du Pakistan, malgré l’indignation nationale et les pressions internationales. Ces crimes sont souvent perpétrés avec l’assentiment de structures tribales locales qui se substituent aux institutions officielles de justice. Chaque année, des centaines de femmes — et parfois des hommes — sont tués pour avoir prétendument entaché l’« honneur familial » par des relations amoureuses, des mariages non autorisés ou des comportements jugés inappropriés.
Les défenseurs des droits humains dénoncent depuis longtemps l’impunité dont bénéficient les auteurs de ces crimes, souvent protégés par des réseaux d’influence ou des coutumes locales enracinées. Dans cette affaire, les autorités semblent toutefois déterminées à aller jusqu’au bout. Le chef de la police régionale a indiqué que des poursuites pénales étaient en cours pour « meurtre prémédité » et « participation à un tribunal illégal ».
Cette affaire relance le débat sur l’inefficacité de la législation pakistanaise à protéger les femmes et à faire cesser les « jirgas » qui continuent d’imposer des châtiments extrajudiciaires. Pour de nombreux observateurs, seule une volonté politique forte, accompagnée d’un renforcement de l’État de droit dans les régions tribales, permettra de mettre fin à ces pratiques barbares.