Au lendemain du verdict rendu en appel dans l’affaire de l’assassinat de Samuel Paty, sa mère, Bernadette Paty, a pris la parole pour la première fois, su RTL, faisant fait part de son incompréhension et de sa profonde colère face aux décisions rendues par la cour.
Pour rappel, la cour a prononcé des peines comprises entre six et quinze ans de prison selon le rôle de chacun. Brahim Chnina, reconnu pour son rôle dans la campagne de haine en ligne, a été condamné à 10 ans de réclusion, Abdelhakim Sefrioui à 15 ans, peine maintenue par rapport à la première instance. Les deux autres complices logistiques, Naïm Boudaoud et Azim Epsirkhanov, ont vu leurs peines fortement réduites, à six et sept ans de prison respectivement, alors qu’elles atteignaient seize ans lors du premier procès. Cette décision illustre l’allègement des sanctions pour les complices matériels tout en maintenant des peines sévères pour ceux considérés comme acteurs principaux de la campagne ayant facilité le passage à l’acte.
L’enseignant d’histoire-géographie avait été assassiné le 16 octobre 2020 à Conflans-Sainte-Honorine par le terroriste islamiste Abdoullakh Anzorov, un crime qui avait provoqué une onde de choc nationale et internationale. Depuis, plusieurs procès se sont tenus pour juger les personnes impliquées, notamment celles accusées d’avoir soutenu ou facilité le passage à l’acte.
« On ne peut pas être apaisés » : une famille toujours dans la douleur
Dans son intervention, Bernadette Paty a affirmé sans détour : « On ne peut pas être apaisés à l’issue de ce procès. On est très en colère, et on ne comprend pas les décisions de la cour ; ni les écarts entre les deux procès. (…) Le tribunal allège ces peines d’une façon que nous ne pourrons jamais comprendre. Le fait qu’un accusé sorte très bientôt nous chagrine énormément : on a l’impression que la cour a abandonné Samuel une seconde fois. »
Elle s’interroge en particulier sur la situation de deux jeunes hommes reconnus coupables d’avoir accompagné Abdoullakh Anzorov le jour des faits. « Comment comprendre que ces deux jeunes, qui sont allés avec lui (Anzorov), ont acheté des armes et l’ont véhiculé jusqu’au collège, puissent être exonérés d’une peine exemplaire ? », a-t-elle déclaré.
Les débats judiciaires ont porté notamment sur le rôle exact de ces accusés et sur le niveau de connaissance qu’ils avaient du projet terroriste. Les décisions rendues en appel ont abouti à des peines jugées moins sévères que celles prononcées lors du premier procès, ce qui a suscité l’incompréhension de la famille.
Un poids qui ne s’allège pas avec le temps
Au-delà du verdict, Bernadette Paty a décrit l’impact durable de cette tragédie sur sa vie et celle de son époux. « On tient mal. On tient avec des médicaments ; des antidépresseurs, des anxiolytiques, des somnifères », a-t-elle confié.
Elle a également évoqué l’épreuve du temps, loin d’apaiser la souffrance : « Depuis plus de cinq ans, avec mon époux on traîne un boulet qui nous écrase : au lieu de s’user, il devient de plus en plus lourd. Depuis hier soir, on a l’impression qu’une chape de plomb nous est tombée sur la tête. J’en veux à ce jugement : ils n’ont pas pris leurs responsabilités, et ça, je ne le comprendrai jamais. »
Une affaire toujours au cœur du débat public
L’assassinat de Samuel Paty avait conduit le président de la République, Emmanuel Macron, à saluer la mémoire d’un enseignant « victime d’un attentat terroriste islamiste » et à réaffirmer l’attachement de la France à la liberté d’expression et à la laïcité. Le procès, suivi de près par l’opinion publique et les médias nationaux, a régulièrement relancé le débat sur la responsabilité pénale des soutiens logistiques et sur la qualification des faits.
Les audiences en appel ont notamment examiné la participation de proches ou de connaissances d’Abdoullakh Anzorov, soupçonnés d’avoir facilité l’acquisition d’armes ou le déplacement jusqu’au collège du Bois-d’Aulne. La question centrale demeure celle du degré d’intention et de conscience du projet terroriste, élément déterminant dans la fixation des peines.