Melun : la rage d’une victime face à un prédateur impassible
Melun : la rage d’une victime face à un prédateur impassible

À la barre du tribunal correctionnel de Melun, la septuagénaire ne mâche pas ses mots. Deux mois après son agression, elle tremble encore, mais son indignation est intacte. Devant elle, son agresseur sexuel, multirécidiviste, baisse la tête et fixe le sol. La scène s’est déroulée ce jeudi 7 août 2025. La victime, âgée de 74 ans, revit les faits avec une précision qui glace l’auditoire. Elle traite le prévenu « d’ordure », de « salop », avant de lâcher, en face à face : « Qu’il crève, tant qu’il n’aura pas violé ou tué une femme ou une gamine, il sera en liberté ». Aucun magistrat ne l’interrompt. Cette explosion de rage raconte aussi la lassitude d’une justice confrontée à des récidives en série. Les faits remontent au 10 juin, sur la place des Trois-Horloges, à Melun. En plein midi, cette femme marche tranquillement lorsqu’un inconnu l’agrippe et lui impose des gestes obscènes. La scène est brève, violente, et se déroule sous le regard incrédule des passants. Certains crient, d’autres interviennent. L’homme finit par lâcher sa proie et s’enfuit en courant. Des témoins préviennent immédiatement la police. Sous le choc, la septuagénaire est prise en charge par les secours. Elle racontera plus tard que jamais elle n’aurait imaginé être agressée ainsi, à deux pas de chez elle, à l’heure du déjeuner, en plein centre-ville.

Un agresseur déjà connu de la justice

Très vite, l’homme est identifié. Il s’agit d’un individu déjà condamné à plusieurs reprises pour des faits similaires. Les enquêteurs relèvent son signalement grâce aux caméras de vidéosurveillance et aux témoignages. Interpellé quelques heures plus tard, il nie d’abord en bloc. Face aux preuves, il finit par reconnaître une « tentative », minimisant les gestes qu’il a imposés à sa victime. Son casier judiciaire, lourd de plusieurs mentions, atteste pourtant d’une propension à s’attaquer aux femmes. C’est ce passif qui fait bondir la victime à l’audience : comment un tel individu se retrouvait-il encore en liberté, au point de pouvoir s’en prendre à une passante septuagénaire en plein jour ? À l’audience, les débats révèlent une personnalité instable, incapable d’expliquer la violence de ses actes. L’expert psychiatre parle d’immaturité, de pulsions qu’il ne parvient pas à maîtriser. Le prévenu, lui, se réfugie dans le silence, adoptant une attitude que beaucoup perçoivent comme de l’indifférence. La présidente du tribunal rappelle que le mis en cause a déjà bénéficié de sursis ou d’aménagements de peine par le passé. Cette fois, la ligne rouge est franchie. Les magistrats prononcent une peine de prison ferme. Le nombre d’années n’est pas public, mais la sanction est assortie d’un suivi sociojudiciaire et d’une interdiction de paraître à Melun pendant plusieurs années. Le condamné, menotté, est reconduit en détention.

Quid de la récidive et du suivi des d’agressions sexuelles 

À Melun, certains élus pointent du doigt un défaut de coordination entre services judiciaires et sociaux. Dans la salle, des habitants venus soutenir la victime expriment leur crainte : « Ce n’est pas la première fois que cela arrive ici, qui sera la prochaine ? ». D’autres rappellent que la place des Trois-Horloges est devenue un lieu de passage très fréquenté, où des familles se promènent et où les commerces attirent du monde. Comment un prédateur a-t-il pu s’y attaquer à une femme âgée sans être immédiatement maîtrisé ? Au-delà du traumatisme individuel, cette affaire interroge donc la capacité des institutions à prévenir et sanctionner efficacement les agressions sexuelles sur la voie publique. La victime, elle, sort de la salle d’audience soulagée de voir son agresseur en prison. Mais sa colère reste palpable : « Je n’oublierai jamais son visage », glisse-t-elle en quittant le tribunal. Ce jour-là, la justice a répondu, mais la blessure restera ouverte longtemps.

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