L’ex-patron des stups François Thierry jugé à Bordeaux dans un dossier tentaculaire
L’ex-patron des stups François Thierry jugé à Bordeaux dans un dossier tentaculaire

Le procès s’ouvre ce lundi 2 mars devant le tribunal judiciaire de Bordeaux et doit durer jusqu’au 31 mars. Dix-huit prévenus, dont l’ancien patron de l’Office central pour la répression du trafic illicite des stupéfiants (Ocrtis), François Thierry, et son informateur Sophiane Hambli, comparaissent dans une affaire hors norme qui a profondément ébranlé la lutte antidrogue en France.

Les prévenus sont poursuivis pour dix chefs d’accusation, notamment « association de malfaiteurs », « importation et exportation non autorisées de stupéfiants », « blanchiment » ou encore « séquestration ». Le dossier compte 70 tomes de procédure.

Une saisie record à l’origine du scandale

L’affaire trouve son origine dans la découverte, le 17 octobre 2015, de 7,1 tonnes de résine de cannabis dans des fourgonnettes stationnées à Paris, près d’un appartement loué par Sophiane Hambli. Cette saisie record a mis en lumière une opération dite de « livraison surveillée », encadrée par l’Ocrtis.

À l’époque, François Thierry dirigeait l’office et menait un programme d’infiltration baptisé « Myrmidon », consistant à laisser entrer de la drogue sur le territoire afin de remonter les filières et interpeller les commanditaires. Les magistrats estiment toutefois que les limites auraient été largement dépassées.

L’ancien commissaire est accusé de « complicité de trafic de drogue » pour avoir favorisé l’importation de résine de cannabis sans en informer pleinement l’autorité judiciaire. Les juges d’instruction ont ordonné son renvoi devant le tribunal en juillet 2024, malgré un réquisitoire de non-lieu du parquet quelques mois plus tôt.

François Thierry, aujourd’hui à la tête du service de la transformation numérique de la police nationale, conteste les faits. Par la voix de son avocate, il affirme que ses méthodes étaient connues des magistrats et qu’il n’a « fait que son travail ».

Le rôle central de l’indic

Sophiane Hambli, surnommé « La Chimère », est présenté par l’accusation comme le principal organisateur du trafic. Il est soupçonné d’avoir profité de son statut d’informateur pour importer d’importantes quantités de cannabis en France. Il encourt jusqu’à 20 ans de prison.

Détenu au Maroc où il purge déjà une lourde peine, il pourrait être absent à l’audience, malgré une demande de remise temporaire. Son avocate plaide pour un renvoi, estimant que sa présence est indispensable dans un dossier « extrêmement complexe ».

Ce scandale a conduit en 2019 à une réforme du cadre juridique des « livraisons surveillées » et à la création d’un nouvel office anti-stupéfiants, l’Ofast. L’affaire a également inspiré le film Enquête sur un scandale d’État, sorti en 2021.

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