Le Chili va exproprier les terres de l’ex-Colonia Dignidad, site emblématique des tortures sous Pinochet
Le Chili va exproprier les terres de l’ex-Colonia Dignidad, site emblématique des tortures sous Pinochet

Le gouvernement chilien a annoncé son intention d’exproprier une partie des terres de l’ancienne Colonia Dignidad, aujourd’hui appelée Villa Baviera, un lieu tristement célèbre pour avoir servi de prison secrète durant la dictature militaire d’Augusto Pinochet. Cette décision, annoncée mardi, s’inscrit dans une démarche de reconnaissance historique et de justice mémorielle visant à faire la lumière sur les crimes commis pendant l’un des chapitres les plus sombres de l’histoire chilienne.

Fondée en 1961 par Paul Schafer, un ancien nazi devenu prédicateur évangélique, Colonia Dignidad avait été conçue comme une communauté fermée d’immigrants allemands vivant dans un isolement extrême sous le contrôle tyrannique de son fondateur. Schafer, par la suite condamné pour abus sexuels sur mineurs, avait transformé l’endroit en un espace de domination physique, psychologique et idéologique.

Sous le régime de Pinochet (1973–1990), la colonie est devenue le théâtre de violences politiques : les services de renseignement du dictateur y installèrent une prison secrète, à l’abri des regards, où des dissidents étaient détenus, interrogés et torturés. Schafer, en échange de sa collaboration avec la police secrète, fut protégé pendant des années des poursuites judiciaires pour ses propres crimes.

Le gouvernement chilien a précisé que les propriétaires fonciers concernés par l’expropriation seraient indemnisés, et que les terrains serviront à la création d’un mémorial dédié aux victimes de la dictature. Ce projet s’inscrit dans une politique plus large de réparation historique, alors que le pays poursuit son travail de mémoire plus de trente ans après le retour à la démocratie.

Un habitant de Villa Baviera interrogé par Reuters a affirmé ne pas avoir été au courant des atrocités commises dans l’enclave pendant la dictature, illustrant l’omerta qui a longtemps entouré les activités du site. Aujourd’hui, l’ancienne colonie a été transformée en village touristique, ce qui suscite des débats sur l’appropriation de lieux de mémoire.

Par cette mesure forte, le Chili tente de réconcilier mémoire, vérité et justice, dans un contexte où les blessures de la dictature restent encore à vif dans de nombreux foyers chiliens. L’expropriation annoncée constitue un geste symbolique fort envers les victimes et leurs familles, et un message clair contre l’impunité.

Partager