Pizzerias en façade, argent sale en coulisses ? En Haute-Savoie, cinq membres d’une même famille ont été mis en examen au mois de mai, soupçonnés d’avoir blanchi plusieurs millions d’euros dans leurs établissements de restauration. Selon les enquêteurs, les flux d’argent transitant par ces restaurants auraient permis de dissimuler des profits issus du crime organisé italien, et plus précisément de la ‘Ndrangheta, redoutable mafia calabraise. L’information, confirmée par une source proche de l’enquête à France Inter, fait suite à trois années d’investigations menées par les gendarmes. Ces derniers auraient établi des connexions entre la famille savoyarde et deux figures présumées de la ‘Ndrangheta actuellement incarcérées en Italie. L’affaire prend une dimension transfrontalière, les enquêteurs évoquant l’existence de mules chargées de transporter du cash vers la Suisse, ainsi que des soupçons d’emplois fictifs.
Une façade familiale, un soupçon d’infiltration mafieuse
Installée depuis plusieurs années en Haute-Savoie, la famille mise en cause gérait plusieurs pizzerias florissantes, en apparence sans histoires. Mais derrière l’image du commerce local se cacherait, selon les autorités, un réseau sophistiqué de blanchiment d’argent. Des circuits financiers complexes, des transferts de fonds, des employés payés fictivement et des allers-retours discrets de grosses sommes en liquide. Pour l’heure, les cinq membres de la famille contestent fermement les accusations portées contre eux. Ils nient tout lien avec la ‘Ndrangheta, ainsi que toute activité illégale dans la gestion de leurs établissements. Leur défense évoque une enquête construite sur des suppositions et affirme qu’aucune preuve tangible ne les relie directement aux chefs mafieux cités dans le dossier.
Une mafia plus puissante que jamais
Cette affaire locale intervient dans un contexte plus large : en mai, les autorités italiennes ont lancé une vaste opération contre la ‘Ndrangheta, ciblant près de 200 personnes et délivrant 97 mandats d’arrêt. La mafia calabraise, discrète mais redoutablement organisée, détient aujourd’hui un quasi-monopole sur le trafic de cocaïne en Europe et a multiplié ses ramifications dans plusieurs pays, y compris en France. La justice devra désormais déterminer si les pizzerias de Haute-Savoie n’étaient qu’un écran de fumée pour recycler l’argent du crime. Si les soupçons se confirment, cette affaire pourrait illustrer une fois de plus la capacité des organisations mafieuses à s’insinuer dans les circuits économiques légaux, loin des fusils, mais au cœur des caisses enregistreuses.