La journaliste géorgienne Mzia Amaglobeli a été condamnée mercredi à deux ans de prison par un tribunal de Batoumi, dans une affaire qui suscite une vive polémique en Géorgie et au-delà. Fondatrice de deux médias indépendants, Amaglobeli était jugée pour avoir giflé un haut responsable de la police lors d’une manifestation en octobre dernier, un geste que ses soutiens jugent symbolique mais disproportionnément sanctionné.
Une vidéo de l’incident, largement relayée par les médias locaux, montre Amaglobeli dans une vive altercation verbale avec Irakli Dgebuadze, chef de la police de Batoumi, avant qu’elle ne lui assène une gifle modérée. L’événement s’était produit dans un contexte tendu de manifestations, marquées par des accusations de brutalité policière et de pressions croissantes sur les journalistes critiques envers le pouvoir.
Initialement poursuivie pour agression contre un agent des forces de l’ordre, Amaglobeli a finalement été reconnue coupable d’un chef d’inculpation légèrement moins grave : usage de violence contre un protecteur de l’ordre public. Cette requalification a permis une réduction de peine, mais n’a pas empêché le tribunal de prononcer une condamnation ferme à deux ans de prison.
Les défenseurs de la journaliste dénoncent un jugement politiquement motivé, révélateur d’une détérioration de la liberté de la presse dans ce pays du Caucase du Sud. Le Comité pour la protection des journalistes (CPJ), basé à New York, a qualifié la sentence de « scandaleuse », estimant qu’une telle sanction pénale pour un acte isolé et non violent constitue une intimidation à l’égard de la presse indépendante.
Amaglobeli elle-même a rejeté les accusations lors de l’audience, les qualifiant de « malveillantes » et « insultantes ». Son entourage affirme que la gifle ne saurait être interprétée comme une agression selon les normes juridiques géorgiennes, d’autant qu’aucun blessé n’a été rapporté et que l’incident est resté strictement symbolique.
Cette affaire intervient dans un climat politique tendu en Géorgie, où les autorités sont de plus en plus critiquées pour leur gestion autoritaire du pouvoir, la répression des voix dissidentes et l’érosion progressive des institutions démocratiques. La condamnation d’Amaglobeli pourrait dès lors cristalliser une contestation plus large au sein de la société civile et raviver les inquiétudes sur la trajectoire politique du pays.