Quatre mois après l’incendie meurtrier de Crans-Montana, qui a coûté la vie à 41 personnes le 1er janvier, l’enquête entre dans une phase décisive. Les avocats des familles ont commencé à visionner les images enregistrées par les 14 caméras de surveillance de l’établissement Le Constellation.
Ces vidéos, longtemps attendues par les proches des victimes, pourraient bouleverser la compréhension du drame. Elles apportent des éléments nouveaux sur les minutes qui ont précédé l’incendie, mais aussi sur le comportement de Jessica Moretti, la patronne de l’établissement, au moment où le feu s’est déclaré.
Jessica Moretti filmée avant le départ du feu
D’après les premiers éléments rapportés par les avocats des familles, les images montrent Jessica Moretti allumer elle-même certaines bougies utilisées lors de la soirée. Elle a ensuite accompagné le cortège qui descendait vers les tables, dans une ambiance festive, quelques instants avant que la situation ne bascule.
Ce point est central pour les familles. Jusqu’ici, une thèse avait laissé entendre que Cyane Panine, jeune serveuse décédée dans l’incendie, aurait pu être responsable du départ de feu. Les vidéos fragilisent cette version. Pour les proches de la jeune femme, ces images pourraient contribuer à laver sa mémoire et à replacer les responsabilités ailleurs.
Le feu, la panique, puis la fuite
Lorsque le feu se déclare, la scène semble rapidement tourner au chaos. Selon les avocats qui ont visionné les images, Jessica Moretti a quitté les lieux très tôt, alors que de nombreux jeunes clients ne comprenaient pas encore ce qui se passait.
Fabrizio Ventimiglia, avocat de la famille de Sofia Donadio, 16 ans, blessée ce soir-là, affirme que la patronne a fait partie des 10 premières personnes à sortir. Il décrit une fuite rapide, sans alerte donnée au videur, au DJ ou aux personnes encore présentes à l’intérieur.
Pour les familles, ce détail est insupportable. Elles estiment que la responsable de l’établissement aurait dû prévenir, organiser l’évacuation, empêcher les entrées et tenter de limiter la panique.
“Elle s’enfuit alors que les jeunes ne comprennent pas”
La colère des proches est immense. Certains affirment que les images montreraient Jessica Moretti quittant l’établissement en bousculant des jeunes, alors que beaucoup d’entre eux ne réalisaient pas encore la gravité de la situation.
Les familles décrivent une scène incompréhensible : pendant que le danger grandissait, des personnes auraient continué à entrer dans l’établissement. Personne, selon elles, ne semblait avoir été clairement averti de la catastrophe en cours.
Cette absence apparente d’alerte est aujourd’hui l’un des points les plus sensibles du dossier. Elle nourrit un sentiment de trahison chez les proches des victimes, qui veulent savoir pourquoi l’évacuation n’a pas été déclenchée plus tôt et pourquoi l’entrée n’a pas été immédiatement bloquée.
La mémoire de Cyane Panine au centre du combat
Parmi les enjeux figure le cas de Cyane Panine. La jeune serveuse, morte dans l’incendie, avait été présentée par certains comme pouvant être à l’origine du drame. Pour sa famille et ses avocats, les images pourraient changer radicalement cette perception. Si Jessica Moretti apparaît bien en train d’allumer certaines bougies et d’accompagner le cortège avant l’incendie, la seule responsabilité de la serveuse serait sérieusement remise en question. Les proches de Cyane veulent désormais que son nom soit dissocié de toute accusation hâtive. À leurs yeux, elle est une victime du drame, non une coupable.
Des familles entre colère, douleur et besoin de vérité
Le visionnage des images est une étape extrêmement douloureuse. Pour les familles, ces vidéos montrent peut-être les derniers instants de leurs enfants, de leurs proches, de leurs amis. Certaines familles vont devoir affronter des images qu’elles redoutent depuis des mois. Mais beaucoup veulent les voir malgré tout. Elles espèrent comprendre ce qui s’est réellement passé, minute par minute, et obtenir enfin des réponses précises.
La douleur est d’autant plus forte que les témoignages évoquent une possible désorganisation totale au moment du départ de feu. La question revient sans cesse : aurait-on pu sauver des vies si l’alerte avait été donnée plus tôt ?
Tu Une enquête qui doit désormais établir les responsabilités
À ce stade, aucune condamnation n’a été prononcée. Jessica Moretti reste présumée innocente. Mais les vidéos de surveillance risquent de peser lourd dans la suite du dossier. Les enquêteurs devront déterminer qui a pris les décisions ce soir-là, qui a manipulé les bougies, qui était chargé de la sécurité, pourquoi l’évacuation n’a pas été immédiate et si les règles de sécurité ont été respectées dans l’établissement. L’enquête devra aussi établir si les matériaux présents dans le lieu, l’organisation de la soirée et l’utilisation de bougies ou d’éléments pyrotechniques ont joué un rôle direct dans la propagation du feu.
Pour les familles, une chose est désormais claire : elles ne veulent plus de versions floues, de responsabilités diluées ou de silences. Elles réclament la vérité complète sur la nuit où la fête a tourné au piège mortel.