La décision des autorités américaines de retirer des panneaux honorant des soldats noirs ayant participé à la libération de l’Europe a provoqué une vague de critiques aux Pays-Bas. Depuis ce retrait, intervenu sans explication publique au printemps, le livre d’or du cimetière militaire américain de Margraten, dans le sud du pays, s’est rempli de messages de protestation de visiteurs, d’élus locaux et de familles de soldats.
Les panneaux avaient été enlevés par l’American Battle Monuments Commission, l’agence américaine chargée de l’entretien des cimetières militaires à l’étranger. Installés dans le centre des visiteurs du cimetière, où reposent environ 8 300 soldats américains, ils rendaient hommage à l’engagement des troupes afro-américaines et évoquaient la ségrégation raciale en vigueur dans l’armée américaine pendant la Seconde Guerre mondiale. Leur suppression est intervenue après une série de décrets présidentiels mettant fin aux politiques de diversité, d’équité et d’inclusion aux États-Unis.
L’un des panneaux racontait l’histoire de George H. Pruitt, un soldat noir de 23 ans enterré à Margraten, mort en 1945 en tentant de sauver un camarade de la noyade. L’autre expliquait comment près d’un million de soldats noirs avaient servi dans des unités séparées durant le conflit, souvent cantonnés à des tâches subalternes, tout en participant aussi à certaines missions de combat. Une unité entièrement noire avait notamment creusé les milliers de tombes du cimetière durant l’hiver de la faim de 1944-1945.
La disparition de ces panneaux a suscité une forte réaction parmi les habitants de la région, traditionnellement très attachés au souvenir des soldats américains. Cor Linssen, fils d’un soldat noir américain et d’une mère néerlandaise, a dénoncé une atteinte à la mémoire historique. Âgé de 79 ans, il rappelle que ces récits sont essentiels pour comprendre le sacrifice de soldats longtemps marginalisés, ajoutant que ces panneaux « devraient être remis en place ».
Des documents obtenus récemment par des médias grâce à une demande fondée sur la loi américaine sur la liberté de l’information ont montré que le retrait était directement lié aux nouvelles orientations américaines en matière de diversité. L’American Battle Monuments Commission avait auparavant justifié sa décision en affirmant que le panneau sur la ségrégation ne relevait pas de sa mission commémorative et que celui consacré à Pruitt avait simplement été remplacé par un autre portrait de soldat.
Les autorités locales néerlandaises ont officiellement demandé le retour des panneaux, estimant que leur retrait constitue une réécriture problématique de l’histoire. Dans la région de Margraten, des milliers de familles néerlandaises entretiennent depuis des générations les tombes des soldats américains, y déposant des fleurs lors d’anniversaires ou de commémorations. Pour beaucoup, honorer les soldats noirs fait partie intégrante de cette mémoire collective.
Des initiatives parallèles ont vu le jour pour préserver cet héritage, notamment la recherche d’un emplacement permanent pour un mémorial dédié aux soldats noirs ayant contribué à la libération des Pays-Bas. Pour les défenseurs de cette cause, l’affaire dépasse le simple retrait de panneaux et pose la question plus large de la reconnaissance, ou de l’effacement, des contributions des minorités dans l’histoire américaine.