À Aix-en-Provence, la cour criminelle des Bouches-du-Rhône a ouvert, puis immédiatement refermé au public, le procès d’un homme accusé d’avoir violé de nombreuses femmes après les avoir droguées. L’accusé, qui se présentait comme hypnothérapeute sans en avoir les qualifications reconnues, est poursuivi pour des faits commis sur une période de plus de dix ans. La juridiction a ordonné le huis clos dès l’ouverture des débats, conformément à la demande formulée par l’une des parties civiles et au cadre légal applicable aux affaires de viol. L’homme est soupçonné d’avoir ciblé ses victimes entre 2010 et 2021 selon un mode opératoire répétitif. Il leur administrait des substances médicamenteuses, notamment du zolpidem, un somnifère obtenu par l’intermédiaire de prescriptions médicales, afin de les placer dans un état de somnolence prolongée. Dans cet état, décrit par l’enquête comme pouvant durer plusieurs heures, les victimes auraient été privées de toute capacité de consentement. Les faits reprochés incluent des viols répétés, parfois accompagnés d’enregistrements vidéo conservés à l’insu des femmes concernées. Au total, au moins quatorze victimes ont été identifiées dans le dossier judiciaire, tandis que les enquêteurs estiment qu’une vingtaine de femmes auraient été filmées. L’ampleur des faits, leur durée et la méthodologie employée ont conduit à la qualification de viols aggravés par soumission chimique, une circonstance particulièrement lourde au regard du droit pénal.
Le huis clos, un droit des victimes au cœur du débat
La décision de tenir le procès à huis clos a été prise après une brève suspension d’audience, à la demande d’une avocate représentant l’une des parties civiles. Le président de la cour, Roger Arata, a rappelé que, dans les affaires de viol, la loi prévoit que le huis clos s’impose dès lors qu’une victime en fait la demande. Les représentants du public, dont les journalistes, ont donc été invités à quitter la salle, seuls les acteurs directs de la procédure étant autorisés à assister aux débats. Ce magistrat est connu pour avoir présidé, l’année précédente, le procès très médiatisé des viols de Mazan, également marqué par un débat intense autour de la publicité des audiences. Dans cette affaire antérieure, le refus du huis clos avait été assumé par la principale victime, devenue une figure symbolique de la lutte contre les violences sexuelles. À Aix-en-Provence, la situation s’est présentée différemment, illustrant la diversité des attentes et des besoins des victimes face à la justice. Certaines parties civiles ont en effet estimé que la confidentialité des débats était indispensable pour préserver leur dignité et faciliter une parole plus libre. D’autres, représentées par des avocates aux positions divergentes, avaient au contraire souhaité une audience publique ou partiellement publique, afin de pouvoir être entourées de leurs proches sans restriction et de donner une portée collective à leur témoignage.
La cour a tranché en appliquant strictement le droit
À la sortie de l’audience, des proches de victimes ont souligné la difficulté de se reconstruire après une procédure de ce type, en rappelant que l’exposition publique pouvait constituer une épreuve supplémentaire. Le huis clos a ainsi été présenté comme une protection nécessaire dans un procès portant sur des faits intimes et traumatiques. Le procès se poursuivra donc à l’abri des regards, dans un cadre exclusivement judiciaire. Les débats devront établir la réalité des faits reprochés, la responsabilité pénale de l’accusé et l’étendue exacte des infractions commises. Au-delà du verdict attendu, l’affaire met en lumière la complexité des procès pour violences sexuelles, où la recherche de la vérité judiciaire se heurte en permanence à la nécessité de protéger les victimes, y compris contre les effets d’une médiatisation jugée parfois insupportable.