À Nîmes, le monument de Bernard Lazare renaît après des décennies d’effacement
À Nîmes, le monument de Bernard Lazare renaît après des décennies d’effacement

Détruit sous le régime de Vichy après avoir été la cible de multiples dégradations, le monument dédié à Bernard Lazare a été réinstallé ce dimanche à Nîmes, sa ville natale. Cette inauguration marque le retour dans l’espace public d’une figure clé de l’affaire Dreyfus et d’un symbole fort de la mémoire républicaine.

Un hommage restauré à l’identique dans les Jardins de la Fontaine

Érigé une première fois en 1908, le monument consacré à Bernard Lazare était le tout premier hommage public rendu en France à un dreyfusard. Installé aux Jardins de la Fontaine, il associait le buste du journaliste à une figure allégorique de la Vérité. Né à Nîmes en 1865, Bernard Lazare fut le premier intellectuel à prendre la défense du capitaine Alfred Dreyfus, dès 1896, en dénonçant une erreur judiciaire nourrie par l’antisémitisme.

L’œuvre originale a pourtant connu un destin chaotique : vandalisée à plusieurs reprises dans l’entre-deux-guerres, elle est finalement démontée et détruite en 1942, sous le régime collaborationniste de Vichy. Pendant plus de quatre-vingts ans, il n’en est resté que des archives photographiques.

Mémoire dreyfusarde et réparation symbolique

La reconstruction du monument a été rendue possible grâce à une souscription publique lancée par le collectif Histoire et Mémoire, avec le soutien de la Ville de Nîmes. Réalisée à l’identique par l’atelier Jean-Loup Bouvier, l’œuvre atteint près de six mètres de hauteur et a été replacée à son emplacement d’origine. Lors de la cérémonie, le monument a été dévoilé en présence de plusieurs élus et de Pierre-Olivier Perl, arrière-petit-fils d’Alfred Dreyfus.

Pour David Storper, président du collectif à l’initiative du projet, il s’agissait d’un geste essentiel : il a expliqué à l’AFP que cette reconstruction relevait d’un « devoir de mémoire républicain » visant à réparer l’injustice faite à Bernard Lazare, longtemps relégué dans l’oubli. La réinstallation de la statue intervient par ailleurs dans un contexte mémoriel plus large, marqué récemment par l’adoption d’une loi élevant Alfred Dreyfus au rang de général de brigade à titre posthume et par l’instauration d’une journée nationale de commémoration de sa réhabilitation.

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