Eurovision 2025 : le vainqueur autrichien JJ veut l’exclusion d’Israël pour la prochaine édition
Eurovision 2025 : le vainqueur autrichien JJ veut l’exclusion d’Israël pour la prochaine édition

Quelques jours après sa victoire à l’Eurovision 2025, le chanteur autrichien JJ, de son vrai nom Johannes Pietsch, a exprimé dans un entretien accordé au quotidien espagnol El País son malaise face à la participation d’Israël au concours musical, en pleine guerre à Gaza. À 24 ans, l’artiste pop queer a déclaré espérer que l’organisation du concours prenne des mesures d’exclusion à l’avenir.

« Il est très décevant de voir qu’Israël continue de participer au concours », a-t-il déclaré dans l’interview publiée jeudi. « J’aimerais que l’an prochain, l’Eurovision se déroule à Vienne sans Israël. Mais la balle est dans le camp de l’UER. Nous, les artistes, ne pouvons que nous exprimer sur le sujet. »

Une participation contestée par certains

La participation israélienne a soulevé une importante polémique cette année, en raison de l’offensive militaire en cours de Tsahal dans la bande de Gaza. Depuis l’attaque sanglante du 7 octobre 2023 perpétrée par le Hamas, au cours de laquelle 1 218 personnes ont été tuées en Israël, en grande majorité des civils, Israël mène une campagne de représailles qui, selon le ministère de la Santé du Hamas, a causé au moins 53 762 morts dans l’enclave palestinienne. Ce bilan, bien que provenant d’une autorité contrôlée par le Hamas, est régulièrement utilisé par les Nations unies et les ONG humanitaires internationales comme base de travail.

Yuval Raphael, la représentante israélienne cette année, est une survivante directe de l’attaque du 7 octobre. Elle avait échappé à la mort en feignant d’être décédée, dissimulée sous des cadavres lors du massacre perpétré pendant une rave-party dans le désert du Néguev. Son histoire poignante, largement médiatisée, a suscité une forte empathie à l’international et a contribué à sa deuxième place, grâce à un large soutien du public lors du vote final.

Appels à l’exclusion et débats politiques

La performance israélienne a été dénoncée par plusieurs personnalités politiques, notamment le Premier ministre espagnol Pedro Sánchez, qui a appelé à une exclusion d’Israël de l’Eurovision « par solidarité avec le peuple palestinien qui vit l’absurdité de la guerre et des bombardements ». Il a notamment souligné l’incohérence de permettre à Israël de participer au concours, alors que la Russie en a été exclue en 2022 à la suite de son invasion de l’Ukraine. « Nous ne pouvons pas avoir de double standard en matière de culture », a insisté Pedro Sánchez.

L’UER, qui organise l’Eurovision et regroupe les radiodiffuseurs publics d’Europe et au-delà, a pour l’instant défendu sa position en rappelant que le concours est apolitique et qu’Israël est membre de plein droit depuis 1973. Toutefois, plusieurs diffuseurs scandinaves ont exprimé des « réserves sérieuses » quant à une future participation d’Israël si la guerre se poursuit sans perspective de résolution.

Réactions en Autriche

Les propos de JJ ont suscité une vive polémique en Autriche, l’un des pays européens les plus fermement alliés d’Israël. L’artiste, signé chez Warner Music Austria, a fait savoir via sa maison de disques qu’il était « désolé si ses déclarations avaient été mal interprétées ». De son côté, la chaîne publique ORF, membre de l’UER et diffuseur officiel de l’Eurovision en Autriche, a pris ses distances, qualifiant les propos du chanteur « d’opinion personnelle ».

Au-delà du conflit israélo-palestinien, JJ s’est également exprimé sur d’autres sujets politiques et sociaux, en particulier les droits des personnes LGBTQ+. Il a dénoncé la « régression conservatrice » en Europe, citant notamment l’interdiction des drapeaux arc-en-ciel sur scène durant l’édition 2025 de l’Eurovision, une décision justifiée par l’UER comme mesure de « neutralité politique » « Ma victoire m’offre une plateforme, et je compte bien l’utiliser pour défendre les droits de toute la communauté queer et garantir plus d’égalité », a-t-il affirmé.

Vers un Eurovision 2026 sous tension ?

Alors que Vienne s’apprête à accueillir l’édition 2026 du concours, la pression monte sur l’UER, sommée de réévaluer ses critères de participation face aux réalités géopolitiques. Plusieurs ONG et artistes européens réclament une clarification des règles éthiques entourant le concours.

La direction de l’UER n’a pour l’heure pas réagi officiellement aux demandes d’exclusion d’Israël, mais des discussions internes seraient en cours, selon une source proche de l’organisation citée par le média allemand Der Spiegel.

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