« 18 % des musiques sont générées par IA » : Deezer alerte sur un raz-de-marée
IA musique

Le phénomène prend une ampleur inédite. Comme le rapporte Alexis Lanternier à Ouest-France, directeur général de Deezer, près d’un cinquième des nouveaux morceaux ajoutés chaque jour sur la plateforme française de streaming musical sont désormais le fruit d’une intelligence artificielle. Un chiffre impressionnant, qui témoigne d’une prolifération difficile à contenir pour les acteurs du secteur.

Une explosion incontrôlée des titres produits par IA

Dans un entretien accordé à Ouest-France le 16 avril, Alexis Lanternier a levé le voile sur l’ampleur du phénomène : « 18 % des créations, soit plus de 20 000 titres, sont générées par intelligence artificielle chaque jour. » Ce volume, qui a presque doublé en deux mois selon le patron de Deezer, s’explique par la facilité d’accès à des outils comme Suno ou Udio, capables de générer de la musique complète à partir d’un simple texte fourni par l’utilisateur. Et rien n’indique que la tendance va ralentir.

Derrière ce flot quotidien de contenus automatisés, des motivations financières bien réelles : chaque titre mis en ligne peut générer des royalties, souvent sans effort ni valeur artistique réelle. Deezer entend réagir à cette pratique qu’elle assimile à une forme de fraude. Depuis janvier 2025, la plateforme a mis en place un système de détection des morceaux produits par IA. Ces titres, identifiés par une étiquette « IA Generated », sont exclus des recommandations algorithmiques, afin de ne pas les favoriser dans les écoutes.

Des tensions croissantes entre innovation technologique et création artistique

Contrairement à Spotify, qui se montre plus ouvert face à la création musicale automatisée – son coprésident Gustav Soderstrom la décrivant même comme un « amplificateur de créativité » dans le podcast d’Alex Kantrowitz – Deezer fait le choix d’un encadrement strict. L’entreprise française affirme vouloir défendre la rémunération des artistes face à ce qu’elle considère comme une dévalorisation de leur travail. « Nous devons légiférer pour que les plateformes rémunèrent les artistes et pas ces bruits », a martelé Alexis Lanternier.

Dans le monde artistique, les réactions sont de plus en plus vives. Si certains comme Angèle ont pu jouer avec ces outils – reprenant même en concert une version IA d’un morceau de Heuss L’Enfoiré – beaucoup s’y opposent farouchement. En 2024, Billie Eilish, Doechii, Damon Albarn ou encore Kate Bush ont signé des tribunes contre l’utilisation abusive de leurs voix ou de leur style musical. En guise de protestation, plusieurs artistes avaient même sorti un album entièrement silencieux.

Avec un rythme qui frôle aujourd’hui les 30 000 morceaux générés par IA chaque jour, Deezer se dit déterminé à endiguer cette vague. Mais face à des outils de plus en plus perfectionnés, la frontière entre création humaine et contenu artificiel risque de devenir toujours plus floue.

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