Henri Morvan est mort samedi 12 avril à l’âge de 93 ans. Avec lui disparaît le dernier représentant des frères Morvan, ce trio mythique de la chanson bretonne qui a traversé plus de six décennies de culture populaire. Figures emblématiques du fest-noz, ils ont porté haut les couleurs de la langue et des traditions bretonnes, du cœur des villages aux plus grandes scènes du pays.
Une légende du « kan ha diskan » tire sa révérence
Henri, François et Yvon Morvan ont débuté en 1958, chantant dans les bals locaux avant d’être propulsés sur le devant de la scène lors du renouveau du fest-noz dans les années 1970. Leur spécialité : le « kan ha diskan », forme de chant traditionnel breton à répondre, interprété a cappella. Ce style énergique et répétitif accompagne les danses bretonnes et s’inscrit dans une tradition orale que les frères ont incarnée sans jamais la trahir.
Reconnaissables à leurs chemises à carreaux et à leur humour taquin, les frères Morvan ont sillonné la Bretagne pendant plus de soixante ans, refusant toujours de chanter hors de leur région. Leur dernier concert commun remonte à 2019, alors que les deux derniers frères encore en activité avaient plus de 85 ans. À eux seuls, ils représentaient une mémoire vivante, transmettant un répertoire d’une richesse rare à des générations de jeunes chanteurs.
Une Bretagne en deuil, un héritage vivant
Depuis l’annonce de sa mort, les hommages se multiplient. Plusieurs institutions culturelles bretonnes ont salué l’homme, l’artiste, et l’infatigable passeur de mémoire qu’il fut. Sur les réseaux sociaux, anonymes et personnalités évoquent leur admiration et leur gratitude pour ce que les frères Morvan ont apporté à l’identité régionale. Leur rôle dans la transmission de la culture bretonne est jugé inestimable.
Les frères Morvan ont aussi marqué les esprits par leurs prestations mémorables, comme leur concert devant plusieurs dizaines de milliers de spectateurs aux Vieilles Charrues en 2009, ou encore leur participation à de nombreux festivals emblématiques. Leur chant Joli Coucou est devenu, au fil du temps, une sorte d’hymne officieux, repris dans bien des rassemblements populaires.
Henri Morvan sera inhumé mercredi 16 avril dans les Côtes-d’Armor. Avec lui s’éteint une voix, mais pas un souvenir : celui de trois frères inséparables qui ont offert à la Bretagne l’une de ses expressions les plus authentiques.