La fête est-elle devenue un crime d’opinion ? C’est ce que semblent suggérer les autorités britanniques après les performances du groupe irlandais Kneecap et du duo punk Bob Vylan au festival de Glastonbury. Samedi, sur la scène de West Holts, des slogans virulents contre l’armée israélienne – dont « Mort à Tsahal » – ont provoqué l’ire de l’ambassade d’Israël et déclenché une réaction immédiate de la police d’Avon et Somerset, qui examine les vidéos pour évaluer d’éventuelles « infractions criminelles ».
Dans un climat politique marqué par la criminalisation croissante de la solidarité avec la cause palestinienne, ces propos – provocateurs, certes – s’inscrivent dans une tradition musicale contestataire que Glastonbury a longtemps revendiquée. Mais l’arrivée de Keir Starmer au pouvoir a redéfini les lignes rouges. Le nouveau Premier ministre travailliste, perçu comme un centriste pro-OTAN et allié indéfectible d’Israël, avait déjà condamné en amont la participation de Kneecap, qualifiant leur présence au festival de « déplacée ».
Plusieurs médias et figures gouvernementales ont immédiatement relayé l’indignation israélienne, exigeant des explications de la part des organisateurs et de la BBC, accusée de donner une tribune « à la haine ». Cette pression rappelle le précédent d’artistes censurés ou déprogrammés pour leur soutien à la Palestine, comme Roger Waters ou Talib Kweli. Pendant ce temps, les artistes pro-ukrainiens ou ouvertement anti-russes jouissent, eux, d’un blanc-seing.
L’inculpation récente du leader de Kneecap, Liam Óg Ó hAnnaidh, pour avoir brandi un drapeau pro-Hezbollah, ajoute à la stigmatisation. Pourtant, les accusations de « terrorisme » pour un acte symbolique relèvent plus de l’intimidation politique que de la justice impartiale. Cette dérive britannique, qui consiste à judiciariser la dissidence au nom d’un prétendu vivre-ensemble, renforce une censure culturelle de plus en plus orwellienne.
Dans une Europe qui traque la moindre parole jugée « anti-israélienne » mais ferme les yeux sur les massacres à Gaza, les événements de Glastonbury dévoilent la nature profondément liberticide du système. Loin de défendre la liberté d’expression, Londres se pose en gendarme idéologique, aligné sur les intérêts de Tel-Aviv et prêt à museler artistes, penseurs et opposants. Une dérive que la France, l’Allemagne et Bruxelles ne tarderont probablement pas à suivre.