Alors que l’Israel Philharmonic Orchestra doit se produire le 6 novembre prochain à la Philharmonie de Paris, l’événement suscite de vives critiques. Un syndicat interne ainsi qu’une pétition émanant de musiciens et de spectateurs réclament soit son annulation, soit un encadrement critique de sa tenue, en raison des liens présumés de l’orchestre avec les autorités israéliennes.
Des protestations au nom du contexte politique
C’est la CGT Spectacle de la Philharmonie qui a officiellement pris la parole ce 29 octobre pour demander que la direction de l’établissement accompagne le concert d’un « discours de vérité », dénonçant le rôle culturel de l’orchestre comme vitrine de l’État israélien. Le syndicat souligne qu’un rappel clair au public concernant les accusations de crimes contre l’humanité portées contre les dirigeants israéliens serait, selon lui, indispensable. Il s’appuie sur les mots du secrétaire général de l’IPO, Yair Mashiach, qui affirmait en mai dernier que l’ensemble avait pour mission d’être « l’ambassadeur culturel d’Israël dans le monde » propos tenus lors d’un discours à l’Université de Tel Aviv, où l’orchestre recevait une distinction honorifique.
La prise de position syndicale fait écho à une lettre ouverte signée par plusieurs artistes et spectateurs de musique classique dès le 14 octobre, qui affirmaient ne pas vouloir contribuer à une « stratégie d’effacement du génocide par la culture ». Ils évoquaient les accusations formulées par Human Rights Watch en décembre 2024, parlant d’« extermination » à Gaza, et rappelaient que la Cour pénale internationale avait émis des mandats d’arrêt contre le Premier ministre israélien Benjamin Netanyahu et son ministre de la Défense, Yoav Gallant, en janvier 2025.
La Philharmonie sommée de se positionner
Le cœur de la controverse repose sur la nature institutionnelle de l’orchestre, qualifié à plusieurs reprises par ses représentants comme « national » et intégré à la diplomatie culturelle d’Israël. Cette posture, couplée à la situation actuelle dans la bande de Gaza, est jugée incompatible avec les valeurs de certaines institutions culturelles françaises, selon les opposants au concert. Les auteurs de la lettre adressée à la Philharmonie rappellent que l’établissement parisien avait annulé, en 2022, des concerts d’artistes russes tels que Valery Gergiev, en réponse à l’invasion de l’Ukraine, alors même qu’aucune condamnation pénale n’avait encore été prononcée.
Pour les signataires, maintenir cette représentation reviendrait à « instrumentaliser la musique classique » et à banaliser, selon eux, la politique menée par le gouvernement israélien. Ils appellent aussi à l’annulation d’autres concerts impliquant le chef d’orchestre Lahav Shani ou des formations perçues comme proches de l’armée israélienne, comme le Jerusalem Quartet.
À ce jour, la direction de la Philharmonie ne s’est pas exprimée publiquement sur cette polémique. Le concert reste inscrit au programme de la saison.