Un navire d’aide pour Gaza frappé par des drones au large de Malte, les organisateurs accusent Israël
Un navire d’aide pour Gaza frappé par des drones au large de Malte, les organisateurs accusent Israël

Un navire transportant de l’aide humanitaire à destination de Gaza a été la cible d’une attaque de drones dans les eaux internationales au large de Malte, vendredi, selon les organisateurs de l’expédition. L’incident a déclenché un incendie à bord du navire Conscience, qui transportait 12 membres d’équipage et 4 civils. Aucun blessé grave n’a été signalé, mais les dégâts matériels sont importants, notamment deux larges brèches visibles sur le pont, selon des vidéos diffusées par les militants.

La coalition Freedom Flotilla, qui affrétait le navire, accuse Israël d’être à l’origine de l’attaque. Si aucune preuve formelle n’a été apportée à ce stade, une explosion est audible dans une vidéo publiée par le groupe, et un autre enregistrement montre l’incendie se propageant à bord. L’armée israélienne n’a pas commenté l’incident. Le gouvernement maltais a confirmé avoir reçu un appel de détresse du Conscience, auquel un remorqueur a répondu. L’équipage a refusé d’évacuer le navire, mais la situation serait désormais sous contrôle.

Mecid Bagcivan, un militant turc présent à bord, a raconté avoir entendu deux explosions à deux minutes d’intervalle alors qu’il s’apprêtait à se coucher. « On a d’abord cru à une collision, puis on a vu les flammes. C’était clairement une attaque », a-t-il déclaré à l’Associated Press. Alors que le navire appelait à l’aide, une voix usurpant l’identité de l’équipage aurait tenté d’annuler la demande de secours sur la même fréquence radio. L’équipage a finalement réussi à éteindre l’incendie, avec l’aide de secours arrivés plus tard.

Le navire, en panne de générateur, est désormais à l’arrêt en mer, incapable de poursuivre sa route sans réparations. Le drapeau du navire, enregistré jusqu’alors sous celui de Palau, a été révoqué peu avant l’attaque, compliquant encore sa situation juridique. Les autorités de Malte, de Grèce et de Turquie ont également menacé de saisir le navire en cas d’entrée dans leurs ports. « Ils sont coincés en mer », déplore Tighe Barry, membre de Codepink, l’un des groupes organisateurs.

Cette attaque intervient dans un contexte de tensions croissantes autour du blocus imposé par Israël à la bande de Gaza, qui interdit depuis mars toute entrée de marchandises, y compris l’aide humanitaire. Israël justifie cette décision par la nécessité de faire pression sur le Hamas pour la libération des otages capturés lors de l’attaque du 7 octobre 2023. Ce jour-là, des militants ont tué environ 1 200 personnes en Israël et enlevé 251 autres. Le Hamas détiendrait encore 59 otages, dont 24 seraient toujours en vie.

Depuis le début du conflit, l’offensive israélienne a fait plus de 52 000 morts à Gaza, selon le ministère de la Santé du territoire, un bilan qui comprend principalement des femmes et des enfants. L’ONU et plusieurs ONG dénoncent une catastrophe humanitaire sans précédent, aggravée par le blocage de l’aide. Le Comité international de la Croix-Rouge a alerté vendredi qu’il ne pourrait bientôt plus approvisionner ses programmes à Gaza, dont des cantines qui fournissent parfois le seul repas quotidien à de nombreux habitants.

Le Conscience avait quitté le port tunisien de Bizerte mardi et devait initialement embarquer des volontaires depuis Malte avant de mettre le cap sur Gaza. Parmi les participants annoncés figurait l’activiste climatique Greta Thunberg, qui n’était toutefois pas présente à bord au moment de l’attaque. La Turquie a fermement condamné cette dernière et promis que les responsables seraient tenus pour compte. « Cette attaque menace la liberté de navigation et la sécurité maritime dans les eaux internationales », a déclaré le ministère turc des Affaires étrangères.

Cet incident rappelle tragiquement celui de 2010, lorsque des forces israéliennes avaient pris d’assaut un navire humanitaire turc, le Mavi Marmara, tuant neuf militants. Quinze ans plus tard, l’acheminement de l’aide vers Gaza reste un champ de bataille diplomatique et humanitaire à haut risque.

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