Téhéran menace de miner le détroit d’Ormuz: «un cauchemar absolu» selon des experts pétroliers
Téhéran menace de miner le détroit d’Ormuz: «un cauchemar absolu» selon des experts pétroliers

L’Iran a renouvelé ses menaces de bloquer le détroit d’Ormuz, un des points de passage maritime les plus stratégiques de la planète, par lequel transite environ 20 % de la consommation mondiale de pétrole. Une fermeture de ce corridor serait une véritable catastrophe économique mondiale, qualifiée de « cauchemar absolu » par Arne Lohmann Rasmussen, chef analyste chez Global Risk Management.

Montée des tensions militaires

Selon une enquête du New York Times s’appuyant sur des sources issues du renseignement américain, l’Iran aurait récemment déplacé des équipements militaires, dont des missiles balistiques, en prévision d’éventuelles frappes de représailles contre des bases américaines au Moyen-Orient. Ces mouvements font suite à l’intensification du conflit entre Israël et l’Iran, notamment après des frappes israéliennes de grande ampleur sur le site nucléaire souterrain de Fordo.

Toujours selon le journal new-yorkais, Téhéran pourrait utiliser la pose de mines marines dans le détroit d’Ormuz comme moyen de dissuasion, visant à ralentir ou paralyser l’intervention navale américaine dans le golfe Persique. Cette tactique, bien que redoutée, reste pour l’heure au stade de la menace.

Le détroit d’Ormuz : un carrefour énergétique vital

D’après l’U.S. Energy Information Administration, environ 21% du pétrole mondial et 25% du gaz naturel liquéfié transitent chaque jour par ce goulet d’étranglement maritime large de seulement 55 kilomètres au plus étroit. Ce sont près de 20 millions de barils de pétrole qui y passent quotidiennement, principalement depuis les terminaux de l’Arabie saoudite, des Émirats arabes unis, du Koweït, de l’Irak et du Qatar.

Un blocage aurait un effet immédiat sur les marchés mondiaux. « Je pense que le marché s’inquiète sérieusement de la fermeture du détroit d’Ormuz », confiait un négociant de brut à l’agence Reuters, alors que les cours du pétrole ont bondi ces dernières 24 heures.

Une action risquée… y compris pour l’Iran

Historiquement, l’Iran a menacé à plusieurs reprises de fermer le détroit, notamment depuis la remise en place des sanctions américaines en 2018. Pourtant, ces menaces ne se sont jamais concrétisées. Une telle fermeture gênerait aussi les exportations de l’Iran, ainsi que celles de deux pays alliés : l’Irak et le Qatar.

L’Iran reste extrêmement dépendant de ses exportations énergétiques. Le secteur pétrolier et gazier a rapporté entre 35 et 50 milliards de dollars au pays en 2023, soit entre 8,7 % et 12,3 % du PIB national. Toujours selon l’hebdomadaire, 95 % des exportations de brut iranien sont aujourd’hui destinées à la Chine, principal soutien économique de Téhéran.

Des parades déjà en place

Conscients de la menace iranienne depuis les années 1980, plusieurs États du Golfe ont cherché à diversifier leurs routes d’exportation. L’Arabie saoudite, par exemple, a développé un réseau d’oléoducs permettant de transporter le pétrole de la région orientale vers la mer Rouge, évitant ainsi le passage par le détroit d’Ormuz en cas de conflit.

Selon Meghan L. O’Sullivan, ancienne conseillère à la sécurité nationale des États-Unis, une fermeture du détroit entraînerait « l’implication directe des forces américaines dans le conflit », ce qui pourrait avoir des conséquences militaires et économiques dramatiques

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