Syrie : près de 100 morts dans des affrontements entre Druzes et milices pro-gouvernementales sur fond de tensions confessionnelles
Syrie : près de 100 morts dans des affrontements entre Druzes et milices pro-gouvernementales sur fond de tensions confessionnelles

BEYROUTH — En Syrie, quatre jours d’affrontements violents entre combattants druzes et milices pro-gouvernementales ont fait près de 100 morts, déclenchant de nouvelles inquiétudes sur une possible escalade confessionnelle dans un pays déjà fracturé par plus d’une décennie de guerre civile et la chute du régime autoritaire des Assad.

Ces violences, les plus meurtrières entre Druzes et forces loyales au pouvoir depuis la chute de Bachar el-Assad en décembre, ont débuté lundi dans la banlieue sud de Damas, à Jaramana, avant de s’étendre à d’autres zones, notamment Sakhnaya, dans le sud. L’élément déclencheur : la diffusion sur les réseaux sociaux d’un enregistrement vocal jugé blasphématoire envers le prophète Mahomet, prétendument attribué à un religieux druze. Ce dernier a nié toute implication dans une vidéo de démenti, mais le mal était fait.

Le conflit s’est ensuite intensifié avec l’intervention d’Israël, qui a lancé une frappe aérienne contre les milices pro-gouvernementales — une première dans ce contexte — en signe de soutien à la communauté druze, également présente sur son territoire. Une nouvelle frappe israélienne, survenue près du palais présidentiel à Damas vendredi, a été qualifiée de “grande escalade” par les autorités syriennes.

Les tensions confessionnelles sont exacerbées par l’instabilité du nouveau gouvernement syrien, dirigé par d’anciens islamistes insurgés issus du groupe Hayat Tahrir al-Sham (HTS). Bien que ce gouvernement ait promis d’inclure les minorités, il n’a attribué qu’un seul portefeuille à un représentant druze — celui de l’Agriculture. Cette marginalisation renforce les craintes d’une domination islamiste et d’un recul des droits des minorités.

Le président actuel, Ahmad al-Sharaa, ancien membre d’al-Qaïda détenu en Irak pour sa participation à l’insurrection anti-américaine, peine à convaincre de ses engagements envers les minorités religieuses. Depuis la chute du régime Assad, les violences à caractère sectaire se multiplient, notamment contre les Druzes, victimes d’un attentat particulièrement meurtrier perpétré par le groupe État islamique en 2018 à Sweida.

Les affrontements actuels surviennent dans un climat de peur généralisée parmi les minorités du pays — Druzes, chrétiens et alaouites — qui redoutent les représailles des groupes sunnites radicaux. Des vidéos montrant des humiliations de détenus druzes par des combattants islamistes ont circulé récemment, nourrissant les tensions.

Les combats ont fait 99 morts, dont 51 à Sakhnaya et à Jaramana, selon l’Observatoire syrien des droits de l’homme basé à Londres. Des membres des forces de sécurité et des combattants locaux figurent parmi les victimes. La situation s’est quelque peu apaisée après un accord obtenu vendredi matin, permettant le déploiement de forces du ministère de l’Intérieur syrien et de groupes druzes dans les zones affectées.

Cette nouvelle flambée de violence souligne la fragilité de l’ordre post-Assad, où les minorités se sentent de plus en plus marginalisées face à une majorité sunnite organisée autour d’anciens groupes insurgés. Israël, qui dispose de sa propre population druze et redoute la montée d’extrémistes islamistes près de sa frontière nord, pourrait s’impliquer davantage si la situation dégénère.

Les tensions actuelles, qui succèdent à une vague de massacres confessionnels dans la région côtière de Lattaquié en mars ayant fait plus de 1 000 morts, illustrent le risque persistant de fragmentation et de violences communautaires dans une Syrie en quête d’un avenir incertain.

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