Des centaines de personnes ont défilé samedi dans la ville de Soueida, au sud de la Syrie, et dans d’autres localités, pour réclamer le droit à l’autodétermination de la minorité druze. Il s’agissait des plus grandes mobilisations depuis les affrontements meurtriers de la mi-juillet, qui avaient opposé milices druzes, tribus bédouines sunnites et forces gouvernementales.
Lors de ce rassemblement, certains manifestants ont brandi des drapeaux israéliens en signe de gratitude envers l’État hébreu, intervenu militairement à leurs côtés durant les combats. Les frappes israéliennes avaient visé des convois de l’armée syrienne et même le siège du ministère de la Défense à Damas, après que les forces gouvernementales, officiellement envoyées pour rétablir l’ordre, se furent rangées du côté des Bédouins contre les Druzes.
Ces manifestations surviennent dans un contexte de profondes fractures ethniques et religieuses qui traversent la Syrie depuis la chute du régime Assad en décembre dernier. La transition politique reste fragile, marquée par des violences récurrentes, notamment en mars sur la côte et en juillet à Soueida, accentuant la crainte d’un retour à une instabilité chronique après plus d’une décennie de guerre civile.
Selon l’Observatoire syrien des droits de l’homme (OSDH), basé à Londres, les manifestants ont exprimé leur rejet du gouvernement intérimaire de Damas et exigé que les responsables des atrocités commises contre la communauté druze soient jugés. Certains ont même appelé Israël à soutenir leur revendication d’autodétermination.
Rayyan Maarouf, directeur du collectif médiatique militant Suwayda 24, a souligné que la mobilisation à Soueida était la plus importante depuis les affrontements du mois dernier et qu’elle marquait une rupture inédite : pour la première fois, les Druzes manifestaient explicitement sous le mot d’ordre de l’autodétermination. Des rassemblements similaires ont eu lieu dans les villes voisines de Shahba et Salkhad.
Les combats du 13 juillet avaient été particulièrement sanglants, causant des centaines de morts parmi les civils et les combattants. Le nouveau gouvernement intérimaire a annoncé la création d’une commission d’enquête sur les attaques visant les populations du sud syrien. Ses conclusions sont attendues dans les trois prochains mois.
La communauté druze, issue au Xe siècle d’une branche de l’ismaélisme, représente environ un million de personnes dans le monde, dont plus de la moitié vit en Syrie. Le reste est principalement installé au Liban et en Israël, notamment sur le plateau du Golan, conquis par Israël à la Syrie en 1967 puis annexé en 1981.
Ces manifestations traduisent la volonté croissante d’une minorité longtemps en retrait de faire entendre sa voix dans une Syrie en pleine recomposition politique et territoriale. Reste à savoir si cette revendication d’autodétermination trouvera un écho dans un pays encore marqué par les fractures de la guerre.