Au moins vingt Palestiniens ont trouvé la mort mercredi lors d’un mouvement de foule dans un centre de distribution d’aide humanitaire à Khan Younis, dans le sud de la bande de Gaza. L’incident s’est produit dans une installation gérée par la Fondation humanitaire pour Gaza (GHF), une organisation soutenue par les États-Unis et Israël, au cœur d’un système controversé d’acheminement de l’aide dans le territoire assiégé. La GHF a affirmé que la tragédie a été déclenchée par des « éléments armés affiliés au Hamas » qui auraient délibérément semé le chaos. Le groupe islamiste a catégoriquement rejeté cette version, dénonçant une désinformation.
Selon la GHF, dix-neuf personnes ont été piétinées dans la cohue et une autre poignardée. L’organisation réfute avoir tiré sur la foule ou utilisé des gaz lacrymogènes, affirmant n’avoir eu recours qu’à une quantité limitée de gaz poivré « pour éviter davantage de pertes humaines ». Le Hamas, pour sa part, accuse les gardes du GHF et l’armée israélienne d’avoir aspergé les civils de gaz poivré et d’avoir ouvert le feu, provoquant la panique parmi les milliers de personnes rassemblées.
Des témoins présents sur les lieux ont livré à Reuters des récits glaçants. Mahmoud Fojo, un jeune homme de 21 ans blessé dans la cohue, raconte avoir été piégé entre les grilles du site et la foule, alors que les portes avaient été verrouillées. « Nous étions sous les gens, nous récitons la Shahada, pensant que c’était la fin », a-t-il déclaré. Un médecin local a confirmé que la majorité des victimes sont mortes asphyxiées dans un espace surpeuplé, où les gens se sont effondrés les uns sur les autres.
L’ONU a vivement critiqué le modèle de distribution mis en place par la GHF, le qualifiant de « dangereux » et contraire aux principes d’impartialité humanitaire. Le système parallèle établi par la GHF contourne largement les mécanismes onusiens, qu’Israël accuse de permettre au Hamas de détourner l’aide. Ces accusations sont fermement rejetées par le Hamas, qui dénonce un agenda politique. Amjad Al-Shawa, directeur du réseau des ONG palestiniennes, fustige la « gestion chaotique » de la GHF face à des foules affamées entassées dans des zones exiguës.
Le drame s’inscrit dans un contexte de guerre dévastatrice qui a ravagé Gaza depuis l’offensive israélienne déclenchée après l’attaque meurtrière du Hamas le 7 octobre 2023. L’armée israélienne a par ailleurs annoncé mercredi avoir achevé la construction d’une nouvelle route dans le sud de Gaza, destinée à perturber les déplacements du Hamas. Cette infrastructure, vue par les Palestiniens comme une extension du contrôle israélien, intervient alors que les négociations de cessez-le-feu, menées par l’Égypte et le Qatar, piétinent.
Le conflit a déjà coûté la vie à plus de 58 000 Palestiniens selon les autorités sanitaires locales, tandis que 87 personnes ont été tuées au cours des dernières 24 heures. Côté israélien, près de 1 650 personnes ont péri depuis le début de la guerre, dont 1 200 lors de l’attaque initiale du Hamas. Les exigences opposées des deux camps, notamment sur l’avenir du GHF et le contrôle territorial, continuent de faire obstacle à tout accord de cessez-le-feu durable.