L’Union africaine ouvre ce week-end son sommet annuel à Addis-Abeba, en Éthiopie, avec pour ambition de débattre de l’avenir d’un continent de 1,4 milliard d’habitants. Mais l’organisation régionale, créée pour « promouvoir l’unité et la solidarité des États africains », fait face à un mécontentement croissant, en particulier parmi les jeunes générations qui dénoncent un manque de résultats et de représentativité.
L’Afrique est le continent le plus jeune du monde, avec plus de 400 millions de personnes âgées de 15 à 35 ans. Pourtant, elle compte aussi certains des dirigeants les plus âgés et les plus longtemps en poste, un paradoxe qui alimente frustrations et instabilité politique. Alors que la population jeune devrait doubler d’ici 2050, l’Afrique demeure la seule région en forte croissance où le niveau de vie moyen recule. Sur les réseaux sociaux, de nombreux jeunes qualifient l’UA de « bloc de vieux dirigeants », estimant que leurs priorités sont reléguées au second plan.
Selon Liesl Louw-Vaudran, analyste senior au sein du Crisis Group, l’organisation souffre d’un déficit de légitimité parce qu’elle s’est concentrée davantage sur les gouvernements que sur les citoyens. « Ce que les jeunes demandent réellement, et la raison de leur frustration, c’est que ce n’est pas une Union africaine pour les citoyens », explique-t-elle, estimant que l’UA a manqué des occasions de devenir une institution plus proche des populations.
Les élections organisées ces derniers mois dans plusieurs pays illustrent ces critiques. Dans divers États, des candidats d’opposition ont été marginalisés, donnant lieu à des scrutins contestés et à des manifestations menées principalement par des jeunes après la réélection des sortants. L’UA a été accusée d’être prompte à féliciter les vainqueurs et plus lente à dénoncer d’éventuelles irrégularités. En Ouganda, après des coupures d’internet et des restrictions contre l’opposition lors de la présidentielle de janvier, la Commission de l’UA a d’abord salué la tenue du scrutin avant que sa mission d’observation ne relève des cas de harcèlement et d’intimidation.
Pour Macharia Munene, professeur d’histoire à l’United States International University de Nairobi, l’UA souffre également d’un manque d’efficacité dans l’application de ses résolutions, en partie parce que tous les États membres ne s’acquittent pas de leurs contributions ou n’adhèrent pas pleinement aux décisions communes. À Abuja, au Nigeria, Chima Ekwueme, 32 ans, estime que l’organisation ne tient pas suffisamment les dirigeants responsables, citant les crises sécuritaires et les difficultés économiques persistantes malgré les richesses naturelles du pays.
Le 39e sommet de l’UA, organisé samedi et dimanche dans la capitale éthiopienne, a pour thème l’eau et l’assainissement, avec des discussions prévues sur le changement climatique et les crises humanitaires aggravées par la réduction de l’aide étrangère, notamment en provenance des États-Unis. Dans un contexte de recomposition des équilibres internationaux, marqué par les orientations du président américain Donald Trump, les observateurs estiment que la réunion offre aussi l’occasion de redéfinir les priorités africaines face à un « nouvel ordre mondial ».
Le président de la Commission de l’UA, Mahamoud Ali Youssouf, a évoqué les crises persistantes du Soudan au Sahel, en passant par l’est de la République démocratique du Congo et la Somalie, soulignant le lourd tribut payé par les populations civiles. Il a également appelé à la fin immédiate de « l’extermination du peuple palestinien », remercié par le Premier ministre palestinien pour la solidarité africaine. Malgré ces prises de position, de nombreux critiques exhortent l’Union africaine à se recentrer sur les défis internes du continent et à faire davantage pour répondre aux attentes d’une jeunesse de plus en plus exigeante.