LIBAN - Ghada Aoun, magistrate en croisade contre la corruption: "Je me suis sentie abandonnée comme Jésus sur la Croix, mais la justice française me redonne confiance."(L'Œuvre d'Orient)
LIBAN – Ghada Aoun, magistrate en croisade contre la corruption: « Je me suis sentie abandonnée comme Jésus sur la Croix, mais la justice française me redonne confiance. »(L’Œuvre d’Orient)

Ce mois-ci, la France a annoncé l’ouverture d’une enquête visant Najib Mikati, l’ancien Premier ministre libanais soupçonné de s’être constitué un vaste patrimoine de « biens mal acquis ». Cette décision a résonné comme un souffle d’espérance pour tout un pays et en particulier pour Ghada Aoun, procureure générale du Mont-Liban jusqu’en mars 2025. Luc Balbont, notre confrère du blog L’Œuvre d’Orient, l’a rencontrée.

Pour Ghada Aoun, l’enquête ouverte par la France est une vraie victoire : « La justice française me redonne confiance », a-t-elle confié, ajoutant : « Au Liban, les corrompus sont protégés. En France, ils sont plus vulnérables. Peut-être que mon combat connaîtra enfin une issue heureuse. »

La procureure a confié le désarroi qui a pu l’envahir face à l’impunité dont semblait jouir Najib Mikati : «Dans les moments de solitude, je me suis sentie abandonnée comme Jésus sur la Croix, mais j’ai très vite repris le dessus. Jésus reste pour moi l’ami fidèle, celui qui ne trahit jamais quand tous les autres se détournent.»

Une magistrate en croisade contre la corruption

Depuis sa nomination en 2017, Ghada Aoun s’est imposée comme l’une des rares magistrates libanaises à défier ouvertement le système corrompu qui gangrène son pays. Avec une détermination sans faille, elle s’est attaquée aux réseaux politiques, aux élites financières et aux grandes banques, n’hésitant pas à exposer des affaires touchant des personnalités puissantes comme Riad Salamé, le directeur de la Banque du Liban, ou encore Najib Mikati. En retour, elle a subi insultes, campagnes médiatiques hostiles et accusations d’incompétence. Ses adversaires l’ont accusée de partialité et de protéger le clan de l’ancien président Michel Aoun. Elle dément : «Ils ont fouillé partout, ils n’ont rien trouvé. J’ai même instruit des dossiers contre ses proches. Si j’ai prié pour lui et admiré son courage durant les années 1980-1990, je ne l’ai jamais favorisé.»

Une vie simple, loin des fastes de la bourgeoisie

À l’opposé de ses adversaires richissimes, Ghada Aoun mène une existence sobre. Dans son appartement clair d’Achrafieh, pas d’objets d’art ni de domestiques, seulement une photo de ses parents. Elle se prépare elle-même son café libanais, et ses détracteurs lui reprochent même sa tenue trop modeste, jugée indigne d’une haute magistrate. Mais loin des apparences, c’est son verbe clair, son français impeccable et sa foi ardente qui forgent sa stature.

Entre hostilités et soutien international

À partir de 2022, les attaques se sont intensifiées. Campagnes de discrédit, sanctions disciplinaires, tentative de destitution en 2023 : tout a été tenté pour la faire plier. « Mais les dossiers montés contre moi étaient vides », dit-elle aujourd’hui. Soutenue par une partie de la population et par des institutions internationales comme la Banque mondiale, elle a tenu bon. Le 1er mars 2025, à 68 ans, elle prend officiellement sa retraite. Mais elle écrit aussitôt : «Quarante ans de lutte pour la justice ne s’éteignent pas avec une retraite. Le combat continue dans nos cœurs. Je n’ai jamais perdu l’espérance.»

La foi, son refuge et sa force

Interrogée sur les insultes, les menaces et les calomnies dont elle a été la cible, sa réponse est immédiate : «C’est la foi qui m’a fait tenir. Depuis l’âge de 18 ans, j’ai noué une relation personnelle avec Jésus. Dans les moments les plus durs, j’ai prié pour ne pas perdre la paix.» Aujourd’hui encore, elle se ressource dans la prière, participant à des retraites spirituelles, loin du tumulte politique et médiatique. Car si elle se méfie de la presse qui a souvent déformé ses propos, elle ne doute pas de la puissance de la prière ni de son devoir de continuer à témoigner.

Un combat qui ne s’éteint pas

Derrière son regard franc et son visage sans apprêt, Ghada Aoun demeure convaincue que la justice libanaise doit renaître. «Dans ce pays, on poursuit parfois les exécutants, mais jamais les véritables responsables», martèle-t-elle. Elle n’a ni la fortune, ni les réseaux de ses adversaires, mais une arme que rien ne peut lui enlever : sa foi en un Dieu de justice. Pour elle, le combat continue, même en dehors des tribunaux.

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Ghada Aoun
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