Le ministère américain de la Justice a annoncé mercredi la fin de ses efforts pour imposer des accords judiciaires contraignants aux services de police de Minneapolis et de Louisville, malgré ses propres conclusions selon lesquelles les forces de l’ordre y violaient régulièrement les droits civiques, notamment ceux des Noirs. Cette décision survient quelques jours avant le cinquième anniversaire de la mort de George Floyd, symbole mondial des abus policiers.
Harmeet Dhillon, procureure générale adjointe à la tête de la division des droits civils du ministère, a déclaré que son bureau allait abandonner les poursuites contre les deux villes et retirer les conclusions antérieures faisant état de violations constitutionnelles. Selon elle, les décrets de consentement, qui imposent des réformes de la police sous la supervision d’un juge fédéral, privent les communautés locales de contrôle démocratique sur leurs forces de l’ordre et seraient dictés par des « bureaucrates non élus » aux « agendas anti-police ».
Outre Minneapolis et Louisville, le ministère de la Justice a également annoncé la clôture des enquêtes et le retrait de ses conclusions concernant les services de police de Phoenix, Memphis, Trenton, Mount Vernon, Oklahoma City et de la police de l’État de Louisiane. Ces villes faisaient l’objet d’enquêtes pour abus systémiques, notamment usage excessif de la force et discriminations raciales.
Ces changements marquent une rupture avec la politique menée sous l’administration du président démocrate Joe Biden, qui avait initié une douzaine d’enquêtes après les protestations massives déclenchées par les meurtres de George Floyd et de Breonna Taylor en 2020. À l’époque, le ministère avait conclu que des réformes profondes étaient nécessaires dans plusieurs services de police et avait entamé des négociations pour établir des décrets de consentement, seul outil fédéral permettant une supervision judiciaire de ces changements.
Mais depuis la réélection de Donald Trump, la division des droits civils a changé de cap. Près de 100 avocats auraient quitté le service depuis janvier, selon des informations internes, en raison de rétrogradations, de réaffectations ou de démissions liées au désaccord avec la nouvelle orientation. Dhillon a confirmé ces départs, les qualifiant de « choix personnels » assumés.
Le ministère a également réduit ou suspendu d’autres initiatives emblématiques, comme les enquêtes sur les violences policières, et réorienté son attention vers des sujets plus conformes à l’agenda conservateur du président Trump, notamment le droit au port d’armes, les droits des transgenres et les manifestations pro-palestiniennes sur les campus universitaires.
La fin de ces enquêtes et la réorientation du ministère risquent de compromettre la responsabilisation des forces de l’ordre, estiment plusieurs juristes. L’annonce a d’autant plus d’impact qu’elle coïncide avec un moment hautement symbolique pour les militants des droits civiques et les familles des victimes, alors que les États-Unis s’apprêtent à commémorer cinq années depuis la mort de George Floyd.