LONDRES – Grigory Melkonyants, coprésident de Golos, unique organisation indépendante de surveillance des élections en Russie, a été condamné mercredi à cinq ans de prison par un tribunal de Moscou pour avoir prétendument coopéré avec une « organisation indésirable ». Cette décision, dénoncée comme politique par les défenseurs des droits humains, s’inscrit dans la répression grandissante visant la société civile russe depuis l’invasion de l’Ukraine en 2022.
Âgé de 44 ans, Melkonyants avait été arrêté en août 2023. Il a nié les faits qui lui sont reprochés et a déclaré lors de son procès que Golos n’avait eu aucun contact avec l’organisation en question, le Réseau européen d’organisations d’observation électorale (ENEMO), depuis son interdiction en Russie en 2021. ENEMO, basé au Monténégro, regroupe des observateurs électoraux d’anciens pays communistes, mais n’a pas encore réagi à la condamnation.
Dans la salle d’audience, selon le média indépendant Mediazona, Melkonyants a appelé ses soutiens à ne pas céder au découragement. Son organisation, Golos — qui signifie « voix » ou « vote » en russe — est sous pression depuis qu’elle a dénoncé des fraudes lors des législatives de 2011, suivies de manifestations massives, puis lors de l’élection présidentielle de 2012 qui avait vu le retour au pouvoir de Vladimir Poutine.
Golos, qualifié d’« agent étranger » par les autorités russes, continue malgré tout à fonctionner. Son autre coprésident, Stanislav Andreichuk, a qualifié le procès de son collègue d’« absurde », affirmant qu’il échappe à toute logique même pour les Russes eux-mêmes. Il a réaffirmé l’engagement de l’organisation à poursuivre son travail malgré la répression.
L’ONG avait jugé que l’élection présidentielle de 2024, lors de laquelle Vladimir Poutine a été officiellement réélu avec plus de 88 % des voix, avait été la plus entachée de fraudes de l’histoire contemporaine du pays. Le Kremlin, pour sa part, s’est félicité d’un scrutin illustrant, selon lui, la « consolidation » du peuple russe derrière son président, et rejette les critiques occidentales comme étant infondées.
Pour Andreichuk, ce procès revêt une importance bien au-delà des frontières russes : « Une véritable démocratie en Russie ne constituerait pas une menace militaire. Mais un gouvernement autoritaire continuera de menacer ses voisins. » Selon l’organisation OVD-Info, plus de 1 600 personnes sont actuellement détenues en Russie pour des raisons politiques. Le Kremlin refuse de commenter les cas individuels, invoquant le respect des lois nationales et la nécessité de se prémunir contre des influences étrangères jugées subversives.