BAB BERRED, 29 juillet 2025 — Dans les montagnes du Rif, au nord du Maroc, la légalisation du cannabis médical et industriel a transformé la vie de nombreux cultivateurs. Abderrahman Talbi, l’un d’eux, cultive désormais ses plants sous un soleil estival éclatant, en toute légalité. « Je peux désormais dire que je suis un cultivateur de cannabis sans crainte », confie-t-il à Reuters. « La tranquillité d’esprit n’a pas de prix. »
Depuis que le gouvernement marocain a adopté en 2022 une loi encadrant la culture du cannabis à des fins médicales, cosmétiques et industrielles, plusieurs agriculteurs du Rif ont saisi cette opportunité pour sortir de l’illégalité. La mesure visait à structurer un secteur historiquement toléré mais clandestin, et à stimuler une économie locale sinistrée.
Le Maroc, qui reste l’un des plus grands producteurs mondiaux de cannabis selon l’ONU, est devenu le premier pays d’Afrique du Nord et du monde arabe à légaliser cette culture dans un cadre réglementé, rejoignant ainsi des nations comme le Canada, l’Allemagne ou encore l’Uruguay.
Cependant, malgré les efforts de régulation, la majorité de la production continue de transiter par le marché noir. Pour beaucoup d’agriculteurs, ce dernier demeure plus rentable et bien moins contraignant administrativement. Les revenus issus du cannabis illégal, en l’absence de taxes ou de normes strictes, restent supérieurs à ceux du marché légal, où les marges sont compressées par les coûts de certification et les exigences bureaucratiques.
En outre, la consommation récréative de cannabis reste strictement interdite, limitant la taille du marché domestique légal. Cela freine l’adhésion complète des agriculteurs au nouveau système, alors même que les autorités souhaitent détourner les cultivateurs de l’économie souterraine qui a longtemps façonné la région.
Dans un contexte où les tensions sociales restent vives, notamment depuis les grandes manifestations d’Al Hoceima en 2016-2017, cette légalisation partielle est perçue comme un pari délicat. Si elle permet une certaine pacification, elle ne suffira peut-être pas, à elle seule, à enrayer des décennies d’économie informelle.