KAKUMA, Kenya — Les 300 000 réfugiés du camp de Kakuma, dans le nord-ouest du Kenya, doivent désormais survivre avec des rations alimentaires réduites de moitié, conséquence directe de la suspension de l’aide américaine au Programme alimentaire mondial (PAM). Cette décision, prise par l’administration Trump en mars dans le cadre d’un démantèlement plus large de l’aide étrangère, a exacerbé la crise humanitaire dans l’un des plus vastes camps de réfugiés d’Afrique.
Parmi les victimes de cette réduction figure Martin Komol, un veuf ougandais de 59 ans, père de cinq enfants. Depuis que sa dernière ration mensuelle s’est épuisée il y a deux semaines, il dépend de la solidarité de ses voisins pour se nourrir, se contentant souvent d’un repas tous les deux jours. « Quand personne ne peut nous aider, on tombe malade. Mais à l’hôpital, on nous dit que c’est juste la faim, et on nous renvoie chez nous », témoigne-t-il.
Les distributions de riz sont passées de 9 à 3 kilos par personne et par mois, accompagnées d’un kilo de lentilles et de 500 millilitres d’huile. Les transferts d’argent, qui permettaient aux familles de compléter leur alimentation avec des protéines et des légumes, ont également été supprimés. Le PAM espère recevoir une prochaine livraison de riz d’ici août, mais d’ici là, seuls les réfugiés les plus vulnérables recevront encore une aide.
Dans ce climat de pénurie, les enfants sont les premières victimes. Au grand hôpital du camp, géré par le Comité international de secours, les admissions pour malnutrition sévère se multiplient. « Certains enfants arrivent trop tard et meurent quelques heures après leur admission », déplore Sammy Nyang’a, responsable nutrition. En avril, 15 enfants sont décédés dans l’unité de stabilisation de 30 lits, soit trois fois plus que la moyenne mensuelle.
Les stocks de farine pour bouillie enrichie et de pâte nutritive à base d’arachide, principalement financés par les États-Unis, sont presque épuisés. Si aucune aide n’arrive d’ici août, ces produits essentiels à la survie des enfants et des mères allaitantes pourraient disparaître.
Pour les familles comme celle de Susan Martine, réfugiée sud-soudanaise, la situation est désespérée. Sa fille de deux ans, souffrant de malnutrition sévère, est hospitalisée avec des plaies causées par des œdèmes. Ses autres enfants survivent grâce aux repas fournis à l’école par le PAM, souvent leur seule source de nourriture quotidienne. Mais même ce programme est menacé par les coupes budgétaires.
Les commerçants locaux, comme Chol Jook, ressentent également les effets de la crise. Ses ventes mensuelles, qui atteignaient autrefois 700 000 shillings kenyans grâce aux achats effectués avec les transferts du PAM, se sont effondrées. Il redoute que de nombreux réfugiés s’endettent davantage pour acheter à crédit.
À mesure que l’aide se tarit et que les perspectives d’amélioration s’amenuisent, la situation humanitaire à Kakuma pourrait bientôt basculer dans l’urgence absolue.