Les services de renseignement américains dressent un constat sévère de la situation économique à Cuba, sans pour autant confirmer l’idée d’un effondrement politique à court terme, selon plusieurs sources informées des évaluations confidentielles de la CIA.
D’après ces analyses, des secteurs clés comme l’agriculture, le tourisme et surtout l’énergie sont profondément fragilisés par les pénuries chroniques, les coupures d’électricité quasi quotidiennes et l’effet cumulé des sanctions américaines. La situation énergétique est décrite comme particulièrement critique, avec des pannes pouvant durer jusqu’à vingt heures par jour dans certaines régions hors de La Havane.
Ces évaluations nuancent toutefois les déclarations du président Donald Trump, qui a affirmé que l’opération militaire américaine menée récemment au Venezuela rendait Cuba « prête à tomber ». Si la perte du pétrole vénézuélien complique sérieusement la gouvernance de l’île, la CIA estime qu’il est difficile d’affirmer que les difficultés économiques entraîneront automatiquement la chute du pouvoir en place.
Le Venezuela reste le principal fournisseur de pétrole de Cuba depuis des décennies. Depuis l’arrestation de Nicolas Maduro par les forces américaines, Washington a fait pression sur la présidente par intérim vénézuélienne Delcy Rodriguez pour rediriger l’essentiel des exportations pétrolières vers les États-Unis. Selon des analystes indépendants, cette rupture aggrave une crise déjà profonde, même à une époque où les livraisons vénézuéliennes étaient encore régulières.
L’économie cubaine souffre depuis longtemps d’une planification étatique rigide et de l’embargo américain. Ces faiblesses structurelles ont été accentuées ces dernières années par l’effondrement économique du Venezuela et par la chute du tourisme après la pandémie de COVID-19. Les services de renseignement soulignent que, si la situation est grave, elle ne serait pas encore comparable à la « période spéciale » des années 1990, lorsque l’île avait perdu le soutien soviétique.
Un autre facteur clé relevé par les autorités américaines est l’effondrement démographique. Un exode massif des moins de 50 ans a réduit la population de plusieurs centaines de milliers de personnes en quelques années. Cette émigration affaiblit à la fois le potentiel économique et la capacité de mobilisation politique, les mouvements de contestation reposant souvent sur les jeunes générations.
Selon plusieurs experts, dont l’universitaire Richard Feinberg, la souffrance économique peut produire des effets contradictoires. Elle peut pousser la population à se concentrer uniquement sur la survie quotidienne, mais aussi, dans certaines conditions, conduire à une perte de la peur et à des mobilisations spontanées. Pour l’heure, la CIA juge que l’ampleur de la crise ne permet pas de prédire avec certitude une chute du gouvernement cubain, malgré une pression économique sans précédent.