Kenya : le président Ruto ordonne à la police de tirer dans les jambes des manifestants violents
Kenya : le président Ruto ordonne à la police de tirer dans les jambes des manifestants violents

Le président kényan William Ruto a suscité une vive controverse ce mercredi en déclarant que les forces de l’ordre devraient tirer dans les jambes des manifestants impliqués dans des actes de vandalisme, afin de les neutraliser. Cette directive intervient deux jours après une journée de protestation nationale marquée par la mort de 31 personnes, dans un contexte de forte contestation contre le gouvernement.

S’exprimant au lendemain des violences, le chef de l’État a affirmé que les manifestants qui détruisent des commerces, pillent ou incendient des infrastructures publiques devraient être arrêtés « par tous les moyens nécessaires », y compris par l’usage ciblé de la force. « S’ils détruisent des biens, tirez-leur dans les jambes. Ne les laissez pas s’échapper », a-t-il déclaré, selon des propos rapportés par les médias locaux.

Lundi, la capitale Nairobi a été partiellement paralysée par les forces de sécurité, qui ont érigé des barrages, lancé des gaz lacrymogènes et utilisé des canons à eau pour disperser la foule. Des tirs à balles réelles ont également été signalés. Plusieurs supermarchés, commerces et même des hôpitaux ont été vandalisés ou incendiés lors de ces manifestations, organisées dans le cadre du mouvement « Saba Saba People’s March », une mobilisation antigouvernementale qui s’est étendue à l’échelle nationale.

Ces déclarations de Ruto suscitent de vives inquiétudes parmi les défenseurs des droits humains, qui dénoncent une réponse sécuritaire disproportionnée et potentiellement illégale face à des protestations, parfois violentes, mais souvent motivées par des revendications sociales et économiques. Le Kenya fait face à une montée du mécontentement populaire, notamment en raison du coût de la vie, du chômage et de la perception d’un gouvernement déconnecté des réalités quotidiennes.

L’opposition et plusieurs ONG ont accusé les forces de l’ordre d’avoir eu recours à une violence excessive et d’avoir ouvert le feu sans discernement sur les manifestants, certains étant tués alors qu’ils ne représentaient pas une menace immédiate. Le Haut-Commissariat des Nations unies aux droits de l’homme a appelé à une enquête indépendante sur les décès survenus durant les manifestations.

L’appel du président à viser les jambes des manifestants marque un tournant autoritaire dans la gestion des mobilisations sociales au Kenya. Si le gouvernement affirme vouloir préserver l’ordre et protéger les biens publics et privés, les critiques redoutent une escalade de la répression et une remise en cause des libertés fondamentales dans le pays.

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