Kenya : d'anciens gangsters troquent les armes contre l’agriculture pour nourrir leur quartier
Kenya : d'anciens gangsters troquent les armes contre l’agriculture pour nourrir leur quartier

MATHARE, Kenya — Dans les ruelles boueuses du bidonville de Mathare à Nairobi, Joseph Kariaga, 27 ans, cultive désormais des légumes là où, autrefois, il volait des téléphones et affrontait la police. Avec plusieurs anciens membres de gangs, il a fondé en 2017 l’initiative Vision Bearerz, un projet agricole communautaire né d’un choc personnel : la mort de son frère, abattu par les forces de l’ordre.

« Nous avons compris que si nous continuions ainsi, nous allions tous mourir », confie Kariaga. Lui et ses amis ont alors décidé de quitter la criminalité et de transformer leur quotidien pour offrir une alternative à la jeunesse de Mathare, l’un des bidonvilles les plus peuplés d’Afrique, où la pauvreté et la faim favorisent l’essor des gangs.

Aujourd’hui, Vision Bearerz cultive des légumes, élève des porcs et des tilapias, et nourrit plus de 150 enfants chaque semaine. Le groupe tire ses revenus de la vente de produits agricoles, mais aussi de services annexes comme une station de lavage de voitures ou des toilettes publiques. Une partie de ces fonds finance les repas à base de farine de maïs, de haricots et de légumes issus de leur ferme urbaine.

Le parcours n’a pas été sans obstacles. Au début, les jeunes ont nettoyé une ancienne décharge pour y planter, affrontant la pollution du sol et des coupures d’eau fréquentes. Une vidéo TikTok montrant une ferme hydroponique dans un quartier pauvre de Colombie leur a donné l’idée d’innover. Grâce à l’ONG Growth4Change, ils ont été formés à des techniques agricoles adaptées à leur environnement.

Leur projet ne se limite pas à l’agriculture : Vision Bearerz organise aussi des séances de sensibilisation contre la drogue et les violences, et des ateliers d’éducation sanitaire pour les jeunes filles. Certains habitants les considèrent désormais comme des modèles de réinsertion.

Malgré tout, les défis restent immenses. Rejoindre le groupe nécessite de renoncer à toute activité illégale, mais quelques récidives ont déjà eu lieu. Leur passé criminel continue d’attirer l’attention des forces de l’ordre, et financer les repas hebdomadaires est une lutte constante.

Dans un contexte où les financements étrangers, notamment américains, sont en forte baisse, les experts soulignent que ce type d’initiative locale représente l’avenir du développement. « Ce sont les organisations dirigées localement qui comprennent le mieux les besoins de leur communauté », affirme Jeffrey Okoro, de l’ONG CFK Africa.

Pour Kariaga, le virage vers l’agriculture est aussi une manière de guérir. « L’agriculture peut changer le monde », dit-il, un éclat argenté brillant dans son sourire.

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