Iran - le fils du shah déchu tente de s’imposer alors que les manifestations s’intensifient (AP)
Iran - le fils du shah déchu tente de s’imposer alors que les manifestations s’intensifient (AP)

Alors que l’Iran est secoué par les plus vastes manifestations antigouvernementales depuis des années, Reza Pahlavi, fils du dernier shah renversé en 1979, cherche à jouer un rôle politique en se posant comme une figure de transition possible pour le pays.

Âgé de 65 ans et exilé depuis l’enfance, Reza Pahlavi multiplie les messages adressés aux Iraniens depuis l’étranger, appelant à l’unité et à la poursuite de la mobilisation contre la République islamique. Dans une récente déclaration diffusée sur les réseaux sociaux, il a affirmé que le régime clérical et son appareil sécuritaire étaient « usés et fragiles » et qu’ils pouvaient être mis en échec par la mobilisation populaire.

La contestation, déclenchée par une situation économique catastrophique, s’est élargie à des revendications politiques plus radicales. Dans certaines vidéos circulant en ligne, des manifestants scandent des slogans favorables à la monarchie et au retour des Pahlavi. Mais la plupart des cris entendus dans les rues visent directement le guide suprême Ali Khamenei, symbole du pouvoir clérical en place depuis près d’un demi-siècle.

Il reste toutefois difficile d’évaluer l’ampleur réelle du soutien dont bénéficie Reza Pahlavi à l’intérieur du pays, où il n’est jamais revenu depuis la révolution islamique. Pour de nombreux Iraniens, la priorité n’est pas le retour d’une monarchie, mais l’instauration d’un système démocratique et laïc. « Nous avons déjà eu les Pahlavi, il est temps d’avoir un pays démocratique », explique Azadeh, une jeune manifestante interrogée par Reuters dans le nord de l’Iran.

Contrairement à 1979, où l’ayatollah Rouhollah Khomeiny avait incarné la figure centrale de l’opposition, le mouvement actuel reste fragmenté, sans leader unique. Pahlavi affirme néanmoins être prêt à accompagner une transition et répète que seul le peuple iranien doit décider de la forme du futur régime.

Né en 1960 et proclamé prince héritier en 1967, Reza Pahlavi a grandi dans le faste de la cour impériale, un train de vie qui avait nourri à l’époque le ressentiment populaire face aux inégalités et à la répression exercée par la police politique du shah, la SAVAK. Après la chute de la monarchie, il s’est installé aux États-Unis, où il a étudié les sciences politiques et construit une partie de son influence au sein de la diaspora iranienne.

Ces dernières années, il a gagné en visibilité à l’étranger, notamment en rencontrant des responsables occidentaux et israéliens, dont le Premier ministre Benjamin Netanyahu. Il a également soutenu les frappes israéliennes et américaines de 2025 contre des installations iraniennes, tout en appelant à un appui accru au peuple iranien.

Malgré cette exposition internationale, Reza Pahlavi n’a pas obtenu de soutien officiel clair des gouvernements occidentaux. Le président américain Donald Trump a récemment déclaré qu’il soutiendrait les manifestants iraniens en cas de répression sanglante, tout en jugeant « pas forcément approprié » de rencontrer le fils du shah.

À mesure que les manifestations s’étendent et que la pression sur le régime s’accentue, Reza Pahlavi tente donc de se positionner comme une option crédible pour l’après-République islamique, dans un paysage politique iranien toujours profondément divisé.

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